Les sans-abri : la catastrophe s’amplifie

Dans une résolution adoptée en novembre 1998, les maires des plus grandes villes du Canada déclaraient que la situation des sans-abri avait atteint les proportions d’une « catastrophe nationale ». Un mois plus tard, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU interpellait à son tour les gouvernements du Canada, des provinces et des territoires en leur demandant « de s’attaquer au problème des sans-abri et des mal-logés en tant qu’urgence nationale ».

Photo : François Roy.

Dix ans plus tard et malgré quelques initiatives timides des gouvernements, il faut malheureusement conclure que le problème de l’itinérance s’est aggravé partout au Canada, y compris au Québec, entre autres à la faveur de la pénurie de logements locatifs. Non seulement les personnes itinérantes sont-elles plus nombreuses, mais le portrait de l’itinérance a continué à se diversifier, touchant de plus en plus de femmes, de jeunes, d’Autochtones et même « des personnes âgées, des familles et des salariés[1] ».

Dans son mémoire sur l’itinérance présenté le 29 septembre 2008 à la Commission des Affaires sociales, la Ville de Montréal écrivait : « Pour la période de la mi-décembre 2007 à la fin mars 2008, un total de 60 000 nuitées a été enregistré dans les refuges d’urgence pour hommes et femmes adultes ; le taux d’occupation a atteint 93 % au cours de certaines nuits. (...) Certaines études indiquent un constant afflux de nouveaux cas : ainsi, à l’hiver 2004, les trois grands refuges pour hommes recensaient près de 700 nouvelles personnes. L’année suivante, le plus grand des refuges, la Mission Old Brewery, comptait à lui seul 1264 nouveaux venus parmi sa clientèle. En 2006-2007, ce chiffre était de 1037[2] ».

Le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec témoignait quant à lui de l’augmentation du nombre de personnes fréquentant les organismes d’aide aux sans-abri dans bien d’autres endroits comme Québec, Longueuil, Sherbrooke, Gatineau, la région de Lanaudière Rimouski, Drummondville et Pointe-à-la-Croix en Gaspésie... Le RSIQ ajoutait qu’une « grande partie de l’itinérance est cachée, invisible et échappe à toute tentative de dénombrement », puisqu’elle touche aussi les personnes « qui sont dans la rue, qui squattent, qui dorment dans leur auto, les portiques et les entrées de commerces, qui sont sans-logis, mais aussi les personnes qui vont d’une place l’autre chez de la famille, des amis, des conjoints épisodiques, etc.[3] ».

Le Rapporteur spécial de l’ONU, Miloon Kothari, avait raison de s’offusquer à l’automne 2007, aux termes d’une mission d’observation qui l’a mené dans plusieurs villes du Canada, dont Montréal : « L’itinérance est l’un des signes les plus visibles et les plus graves du manque de respect du droit à un logement convenable. Il est encore plus choquant de constater la présence d’un si grand nombre d’itinérants dans un pays aussi développé et riche que le Canada[4] ».

Notes

  1. Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, Une politique en itinérance : une nécessité pour Montréal, septembre 2008, p 4. Retour au texte
  2. Ville de Montréal, Le leadership du gouvernement du Québec dans la lutte contre l’itinérance : une nécessité, 29 septembre 2008, p. 5. Retour au texte
  3. Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec, Mémoire présenté à la Commission des Affaires sociales. Mandat d’initiative sur l’itinérance, octobre 2008, p. 9. Retour au texte
  4. Miloon Kothari, Rapport préliminaire de mission au Canada du 9 au 22 octobre 2007, présenté à Ottawa, le 22 octobre 2007. Retour au texte