Aller au-delà de la survie

L’ampleur, la gravité et l’urgence même des besoins décrits dans ce Dossier noir, ainsi que l’incapacité du marché privé de l’habitation d’y répondre, nécessitent l’adoption d’objectifs ambitieux en logement social. Cela s’impose d’autant plus que la société québécoise doit aussi faire face à d’autres défis qui accroîtront les besoins, dont le vieillissement de la population.

Un objectif : doubler le nombre de logements sociaux

Un HLM de Montréal (photo : Jonathan Aspirault-Massé).

Alors que le logement social ne représentait que 0,6 % de l’ensemble des logements locatifs du Québec en 1971, ce pourcentage était passé à 9,7 % en 1991. Le retrait fédéral du financement de nouveaux logements sociaux, qui a privé le Québec de 52 000 unités en quinze ans, a freiné cet élan. Aujourd’hui, le logement social dépasse de justesse 10 % du parc de logement locatif et s’il n’a pas régressé, c’est uniquement parce que la construction de logements privés a été au neutre pendant de nombreuses années.

À ce chapitre, le Québec fait piètre figure en comparaison avec plusieurs pays d’Europe du Nord où le logement sans but lucratif, à propriété collective, compte parfois jusqu’à 50 % et même 60 % du parc total de logements locatifs.

Le Québec a donc beaucoup de retard à rattraper. C’est pourquoi le FRAPRU s’est donné pour objectif, à son congrès de juin 2006, de travailler à ce que le nombre de logements sociaux soit doublé dans un délai raisonnable. En chiffres, cela représente 120 000 logements supplémentaires. Depuis ce moment, autour de 8550 logements coopératifs et sans but lucratif ont été finalisés au Québec[1].

Une étape : un plan d’investissement sur cinq ans

Dans l’immédiat, l’urgence pour le FRAPRU, comme pour plusieurs intervenants communautaires, municipaux et autres, est non seulement de s’assurer que le prochain budget québécois confirme la poursuite du développement de nouveaux logements sociaux, mais aussi qu’il le fasse sur un horizon de cinq ans. Le logement social est trop important pour qu’il se retrouve année après année dans la balance des choix budgétaires des gouvernements.

Pour sa part, le FRAPRU propose que ce plan permette la réalisation de 50 000 logements sociaux, sous la forme de coopératives et d’OSBL d’habitation, ainsi que de logements publics gérés par les Offices municipaux d’habitation.

Parmi ces logements, 40 000 pourraient être réalisés dans le cadre du programme actuel AccèsLogis, lequel devrait cependant être amélioré et bonifié, notamment pour y faire encore plus de places pour les locataires à faible revenu si c’est la volonté des organismes promoteurs.

Les 10 000 autres logements pourraient être le fruit d’un nouveau programme permettant l’acquisition de logements privés et leur transformation en logements sociaux. Un tel programme a déjà existé à Montréal à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Pourquoi ne pas répéter l’expérience, cette fois à l’échelle nationale ?

Note

  1. Selon des chiffres de la Société d’habitation du Québec, 8549 logements auraient été livrés entre le 31 mai 2006 et le 31 août 2008 dans le cadre des programmes AccèsLogis et Logement abordable Québec (à l’exclusion de son volet privé). Retour au texte