
- 400 membres du FRAPRU ont défilé dans les rues de Montréal le 28 février 2009, à quelques semaines du budget québécois (photo : Étienne Grandmont).
Le 19 mars, c’était au tour du gouvernement du Québec de présenter son propre budget qui prévoyait lui aussi du financement pour de nouveaux logements sociaux, soit 200 millions $ permettant la réalisation de 3000 unités dans le cadre de l’actuel programme AccèsLogis Québec. C’est le nombre le plus important de logements annoncés dans AccèsLogis Québec depuis la création du programme en 1997.
Faut-il donc considérer ces budgets comme encourageants ? Ce n’est malheureusement pas le cas.
3000 en tout et partout
Il faut d’abord préciser que les logements sociaux annoncés dans le budget fédéral ne s’additionnent pas aux 3000 du gouvernement québécois. Ils en feront partie, tout comme les logements « abordables » pour lesquels le gouvernement Harper a annoncé de nouveaux argents à l’automne dernier. Au total, sur les 200 millions $ prévus pour le logement social par l’ancienne ministre des Finances du Québec, Monique Jérôme-Forget, 82,6 millions $ sont des argents fédéraux. En termes de logements, sur les 3000 annoncés par Québec, l’équivalent de 1240 est payé par le fédéral.
Ajoutons que, même en se servant des argents fédéraux, le gouvernement Charest n’a pas respecté un engagement que le premier ministre lui-même avait pris par écrit, le 18 novembre, au beau milieu de la dernière campagne électorale. Il avait alors promis « la prolongation du programme AccèsLogis Québec pour cinq ans à raison d’un minimum de 3000 nouvelles unités par année, pour un total de 15 000 nouveaux sociaux et communautaires ».
Une telle prolongation n’a pas été confirmée dans le budget, de telle sorte que le logement social se retrouve à nouveau dans la balance des choix budgétaires annuels du gouvernement, ce qui deviendra de plus en plus ardu dans un contexte de déficit des finances publiques. C’est tout le contraire du financement récurrent, assuré sur une période de cinq ans, que réclamaient les organismes communautaires dont le FRAPRU, plusieurs municipalités et unions municipales, de même que 1130 organismes de tous les secteurs qui avaient participé à une campagne de lettres en ce sens à l’automne dernier.
Il aurait fallu beaucoup plus
Le plus grave est cependant que les budgets fédéral et québécois n’ont pas été à la hauteur des problèmes actuels de logement et des défis posés par la crise économique. Le recensement canadien de 2006 dénombrait 448 000 ménages locataires québécois consacrant plus que la norme de 30 % de leur revenu en loyer, dont 203 000 qui y engouffraient plus de la moitié. Il y a fort à craindre que ces nombres augmentent en flèche au fil des pertes d’emplois et des baisses de revenu engendrés par la crise. C’est en tout cas ce qui arrivé avec les récessions du début des années 1980 comme du début des années 1990.
Par ailleurs, la crise survient au moment où la pénurie de logements locatifs vécue depuis le début des années 2000 a recommencé à s’aggraver. Le dernier Rapport sur le marché locatif de la Société canadienne d’hypothèques et de logement publié en décembre 2008 montre que le taux de logements inoccupés qui devrait être de 3 % pour que le marché soit considéré comme équilibré, a chuté de 2,6 % à 2,2 % dans l’ensemble du Québec. Dans les logements familiaux de 3 chambres à coucher et plus, il est passé de 1,9 % à 1,4 %. Ce pourcentage n’est que de 1,2 % dans la grande région métropolitaine de Montréal et de 0,5 % dans celle de Québec. Il est carrément de 0 % dans des centres urbains comme Val d’Or, Montmagny, Matane, Rimouski ou Roberval...
Bref, la situation aurait exigé des mesures beaucoup plus ambitieuses que les 3000 logements annoncés, ce qui aurait en même temps eu des retombées beaucoup plus importantes en termes de création d’emplois dans des secteurs économiques fragilisés par la crise comme la construction et l’industrie manufacturière.