
- Lancement des festivités du 40e et inauguration de la Maison Luc-André Godbout, du nom d’un ancien militant du Comité, le 9 avril 2009. De gauche à droite, Nicol Tremblay, Lucie Villeneuve, Catherine Raymond (membre de l’équipe actuelle), Denise Garneau et Michel Desrochers (photo : Véronique Laflamme).
Le Comité voit le jour en 1969. Autour de quels enjeux s’est-il fondé ?
Nicol Tremblay : Le Comité s’est formé suite à une rencontre de quelques résidants et résidantes du quartier qui s’inquiétaient des démolitions massives qui se produisaient dans le quartier voisin, Saint-Roch. Ces personnes étaient inspirées par les actions du comité de citoyens et de citoyennes qui s’y était formé [1].
Les premières actions ont porté sur des enjeux de quartier très concrets : la sécurisation du pont Parent pour les piétons et le projet de destruction de plusieurs logements dans l’îlot Chénier qui devait faire place à des stationnements. Le comité a ensuite commencé à se préoccuper de zonage, pour s’assurer de conserver le caractère résidentiel du quartier et réduire les hauteurs maximales permises dans certaines zones clés. Ces premières mobilisations se sont soldées par des victoires.
En matière de réaménagement urbain, la tâche était lourde dans les années 1970 et 1980...
NT : En plus du plan d’urbanisme Kabir Kouba [2], deux nouvelles autoroutes devaient traverser le quartier. La mobilisation contre l’Autoroute de la Falaise [3] a été importante. Les gens se sont mobilisés pour aller à l’Hôtel de ville. La conjoncture étant favorable, l’action du comité a obligé la Ville à prendre une décision et à abandonner le projet.
Michel Desrochers : Dans ce temps-là, les membres connaissaient tous les dossiers, ils étaient au Comité tous les jours.
Dès la fin des années 1970, le Comité devient un intervenant majeur dans le domaine du logement social, quelles ont été ses premières batailles ?
NT : En 1976, la Ville prévoyait démolir 2500 logements dans Saint-Sauveur, sur un parc de 5700. Le Comité a installé des grosses pancartes pour identifier les immeubles qui seraient démolis et a organisé des tournées en autobus pour montrer cela à la population du quartier. La Ville a finalement rejeté ses projets de démolition.
Suite logique, le Comité s`est impliqué pour que la Ville axe ses interventions sur la rénovation plutôt que sur les démolitions. C’est en partie à cause de notre action que sont apparus les premiers programmes de rénovation. Pour rénover plutôt que démolir, il fallait aussi un engagement dans les programmes de logements sociaux.
Le Comité a été impliqué dans le développement de coopératives alors que ce n’était pas la mode. Comment en est-il venu là ?
NT : C’est un programme du fédéral, obtenu dans le contexte du gouvernement minoritaire de Pierre-Elliott Trudeau, qui a permis de faire des coops. Le Comité a alors reçu un mandat de groupe de ressources techniques de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (c’était avant que les GRT existent) et a mis sur pied la Coop Chez Nous. Il s’agissait de la troisième coopérative d’habitation à Québec, les deux premières étant dans le quartier Saint-Roch. MD : Les premières coops nécessitaient beaucoup de bénévolat. La Coop Chez Nous a été rénovée complètement par le biais de corvées ! L’idée était d’avoir les prix de loyer les plus bas possible. Un membre fondateur du Comité, qui était architecte, dirigeait les travaux.
Les HLM ont toujours occupé une place importante au Comité, pourquoi ?
MD : D’abord, en raison des premières tours qui s’étaient construites ailleurs, on a travaillé pour avoir des HLM plus petits. On a rencontré des urbanistes de la Ville pour déterminer le type de projets que nous voulions pour le quartier et choisir les terrains. C’est comme ça qu’a été obtenu le HLM Boisseau, à la fin 1969. Quarante-cinq unités c’était tout de même mieux que ce qui se faisait à l’époque ! NT : Même si le résultat final ne correspondait pas parfaitement aux attentes du Comité, il a réussi à s’affirmer comme interlocuteur valable et à faire changer l’approche de la Ville dans ce type de projet. Après cela, plusieurs dizaines de petits HLM à échelle humaine se sont construits.
Lucie Villeneuve : Les coops, c’était intéressant, mais à un moment donné, il n’y en avait presque plus. Dans les années 1980, le Comité a mis en place un comité de requérants et requérantes de HLM, un des premiers et des plus gros au Québec. Souvent, les gens ne savaient pas comment faire pour s’inscrire. En plus, ça leur permettait de se rencontrer, d’avoir un lieu social.
Avoir un logement en coop ou en HLM permettait d’améliorer sa qualité de vie et les gens qui en obtenaient un revenaient au Comité pour participer aux mobilisations. Il faut dire qu’à cette époque, il n’y avait pas juste des gens du quartier dans le comité de requérants et requérantes. Il y avait même des gens qui déménageaient dans la ville de Québec pour avoir accès à un HLM parce que les autres villes ne voulaient pas de pauvres !
Parallèlement à ses actions sur le front du logement, le Comité mène de nombreuses autres luttes ?
Denise Garneau : Le Comité a travaillé sur la sécurité urbaine, les parcs, le réaménagement des rues comme le boulevard Charest. Il a aussi participé à plusieurs initiatives communautaires qui ont débouché sur la mise sur pied de nouveaux groupes (Association pour la défense des droits sociaux, groupe d’alphabétisation Atout-Lire, comptoir alimentaire...).
NT : Au début des années 1990, le comité a aussi travaillé sur l’emploi, il y avait une dimension très importante de notre action sur la questions des sans-emploi.
Le Comité participe au colloque du Programme d’amélioration de quartier (PAQ), duquel naîtra le FRAPRU. Qu’est-ce que ça a changé au Comité ?
NT : Le FRAPRU, ça a été la première ouverture du Comité sur le Québec, sur les luttes nationales. Ça a permis de prendre en charge les revendications qu’on avait au niveau du développement du logement social. Pour nous, le FRAPRU, c’est comme un haut-parleur. Seuls, on peut bien crier, mais il n’y a personne qui nous entend !
DG : Un regroupement, ça permet de voir que nos problèmes ne sont pas isolés et ça nous donne une force collective. Qui a fait ressortir la crise du logement à la grandeur du Québec ? Le FRAPRU, ça nous permet aussi d’avoir une meilleure connaissance de ce qui se fait ailleurs.
Après ces nombreuses luttes et ces victoires, force est de constater qu’il reste encore du travail à faire... Quels sont les défis des prochaines années ?
DG : Au niveau local, il y a encore plusieurs dossiers d’aménagement urbain. On ne peut pas juste revendiquer des logements de qualité si le reste du quartier n’est pas vivable, d’où l’importance du travail sur l’amélioration des parcs, le verdissement, la circulation. Actuellement, on mobilise des citoyens et citoyennes de divers horizons autour de ces enjeux.
La lutte à la pauvreté reste aussi un enjeu majeur, dans le quartier, comme dans le reste de la province. Notre manière à nous de lutter contre la pauvreté, c’est de travailler sur les questions de logement. Cependant, dans les dernières années, nos militants et militantes se sentaient très interpellés par des revendications comme la hausse du salaire minimum et l’indexation de l’aide sociale. C’est pour ça que nous participons à des coalitions régionales où on peut articuler les différentes revendications. Le défi à travers tout ça, c’est de rester près des besoins et des enjeux locaux, tout en s’impliquant dans des réseaux plus larges.
Sur le logement, il y a eu une évolution et il faut aller sur tous les fronts, principalement dans les quartiers du centre-ville. La lutte, c’est de garder des logements de qualité et accessibles pour les gens. Il faut continuer d’être vigilant pour obtenir un meilleur encadrement du marché privé. Parallèlement à cela, le Comité continue de mettre sur pied des projets de coopératives et là, le défi, dans Saint-Sauveur comme dans les autres quartiers centraux, c’est qu’il n’y a plus beaucoup de terrains vacants et de bâtisses à recycler. Les villes vont devoir faire des choix et prioriser certains types de projets plutôt que d’autres. C’est un enjeu important. Il faudra recommencer à faire des projets d’achat et de rénovation. Pour cela, ça nous prendra la création de programmes adaptés par Québec.
Et au niveau de la démocratie municipale, il reste quelques défis ?
DG : Oh oui ! De façon générale, pour un comité de quartier comme le nôtre, un enjeu important, c’est celui de la participation citoyenne. Parfois, les mesures administratives freinent les initiatives communautaires. Je pense qu’il va falloir décentraliser le pouvoir pour encourager les projets locaux.