Logement social : trop peu
Rien de plus, rien de moins : tel semble être la devise de Montréal. Tout comme l’administration précédente de Vision Montréal maintenant dirigée par l’ex-ministre Louise Harel, celle d’Union Montréal dirigée par Gérald Tremblay s’est contentée de prendre les unités de logement social que lui octroyait le gouvernement québécois. La Ville a tout au plus demandé à Québec d’améliorer ses programmes et de lui accorder un nombre d’unités... totalement insuffisant. Jamais, le maire Tremblay (ni les autres chefs de partis) n’ont réclamé haut et fort des investissements vraiment plus élevés de la part des gouvernements supérieurs. On aurait aimé le voir aussi revendicatif pour le logement social que dans des dossiers comme le retour du Grand Prix de Montréal !

- Manifestation à l’hôtel de ville de Montréal durant les débats sur la stratégie d’inclusion.
Le défi de la prochaine administration sera de tout mettre en œuvre pour obtenir davantage que ce que les gouvernements fédéral et québécois accordent en ce moment pour le développement du logement social. Elle devra pour ce faire se fixer des objectifs ambitieux, faire preuve de leadership et adopter des stratégies d’action.
Politique d’inclusion
L’administration Tremblay a fait un effort pour encourager le développement du logement social sur des sites privés, avec l’adoption de sa stratégie d’inclusion en 2005. Celle-ci visait à favoriser l’inclusion de 15 % de logements sociaux et de 15 % de logements privés dits abordables dans les nouveaux développements résidentiels.
Il est facile de se réjouir du succès de cette stratégie, comme le fait l’administration, tant ses objectifs de départ étaient faibles et non contraignants. Elle souffre en effet de plusieurs vices de fond. Citons le caractère volontaire plutôt qu’obligatoire de l’inclusion, l’inclusion sur les sites municipaux qui auraient pu être entièrement destinés au logement social, la faiblesse du pourcentage de logements sociaux prévu, sans oublier la confusion des genres entre le logement social et ce grand fourre-tout qu’est le logement abordable.
Le refus obstiné de constituer une réserve
Crise économique ou pas, la valeur des terrains ne cesse de croître. Le FRAPRU réclame depuis plusieurs années qu’une réserve de terrains et d’immeubles soit constituée afin d’éviter la hausse des coûts due à la spéculation. Les contraintes liées au développement du logement social (normes des programmes, participation démocratique au développement, etc. ) font en sorte qu’il peut difficilement faire concurrence au secteur privé. En bout de piste, cela prive plusieurs projets de sites intéressants.
L’administration actuelle a toujours refusé de s’engager dans cette direction. Il faut dire que l’opposition n’a pas aidé la cause non plus. Pourtant, si la Ville prenait un tel tournant, cela enverrait un message positif et encourageant pour les milliers de ménages locataires qui ont besoin d’un logement social, dont les 22 119 qui, au 3 septembre, étaient sur la liste d’attente de l’Office municipal d’habitation de Montréal.
Sauver les maisons de chambres par la socialisation
Tout au long du second mandat de l’administration Tremblay, quelques maisons de chambres ont pu être socialisées, grâce notamment au volet 3 d’AccèsLogis et au financement fédéral en itinérance.
En 2008, suite à des consultations publiques sur l’itinérance, l’administration municipale a adopté plusieurs recommandations intéressantes dont une visant à planifier « une opération particulière sur la problématique des maisons de chambres, impliquant des interventions d’achat-rénovation par des organismes communautaires [1] ». Un an plus tard, rien de concret n’a été avancé. Des idées sont sur la planche, un comité de travail a été mis en place, mais nous sommes encore très loin de ce que l’on pourrait qualifier « d’opération particulière ». L’avenir de milliers de chambres privées, souvent en mauvais état, demeure donc un enjeu.
Des progrès sur l’application du Code du logement
Force est de constater que le dossier de l’application du Code du logement a connu un bond en avant au cours des quatre dernières années, suite à douze ans d’inaction de l’administration montréalaise.
Après une consultation sur le bilan de l’application du Code, la Ville a adopté une série de recommandations allant dans le sens des demandes répétées des groupes de défense des droits des locataires, dont le FRAPRU.
Même si ces recommandations ne sont pas toutes appliquées avec la même diligence, celle touchant quelques grands immeubles trop connus pour leur insalubrité et leur insécurité a donné lieu à un véritable suivi, avec la constitution d’une équipe d’inspecteurs dédiée exclusivement aux grands ensembles, ce qui a libéré les arrondissements d’un tel fardeau.
Le résultat est relativement positif. Plusieurs grands ensembles ont bénéficié de l’intervention de la Ville, ce qui a eu, ou aura, pour résultat une amélioration des conditions de vie des locataires ainsi que la transformation de certaines bâtisses en logement social. Malheureusement l’administration Tremblay n’a pas profité de l’occasion, principalement dans le cas des immeubles de Place L’Acadie et Henri-Bourassa, pour démontrer toute sa volonté de tenir tête aux propriétaires délinquants en les expropriant. De plus, le nombre d’unités de logement social qui y est prévu est ridiculement faible (encore le 15 % de la stratégie d’inclusion), compte tenu que les logements étaient majoritairement occupés par des ménages à faible revenu quelques années auparavant. À l’opposé, la Société d’habitation et de développement de Montréal (SDHM) garantit au promoteur privé de condominums qu’elle lui achètera toutes ses unités non vendues... Enfin, les frais accordés aux locataires pour leur relogement temporaire durant les travaux sont inférieurs au coût réel, ce qui les appauvrira encore davantage.
Dans le même registre, la Place Jarry à Saint-Léonard attend une solution depuis plus de quinze ans (une partie du tort revenant aux élus de l’ancienne municipalité). À plusieurs reprises, Montréal a fait miroiter des solutions, sans que rien ne bouge. Une solution mitigée comme Place l’Acadie n’est pas souhaitable.
Le prochain mandat
Les quatre prochaines années seront déterminantes pour l’avenir de Montréal et des locataires. Tous les grands chantiers annoncés se feront-ils sans avoir une vision globale du résultat ? Qui peut vivre au centre-ville ? Le développement du logement social sera-t-il défendu avec plus de force ? Y aura-t-il un frein à la prolifération de condos faite au détriment d’une grande partie de la population ? Des réponses et des engagements sont attendus.

