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N° 121 - Printemps 2010


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Un budget désastreux

On s’attendait au pire du budget du ministre québécois des Finances, Raymond Bachand. Celui-ci a trouvé le moyen de faire pire encore, en se livrant à une offensive tout azimuts passant par des hausses majeures de taxes et de tarifs et annonçant des compressions budgétaires brutales.

La facture du déficit zéro

Le premier choix hautement contestable du budget a été de fixer un échéancier de retour à l’équilibre budgétaire plus rapide encore que celui du gouvernement conservateur de Stephen Harper, à Ottawa. Alors que ce dernier ne prévoit pas atteindre le déficit zéro avant 2015-2016, le gouvernement Charest, lui, a décidé d’y arriver deux ans plus tôt.

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La grande manifestation du 1er avril dans les rues de Montréal
(photo : Marie-Ève Rancourt).

Le budget va même plus loin, en annonçant qu’en 2014, au moment où le déficit sera pourtant résorbé, il procédera à une augmentation majeure des tarifs d’électricité destinée cette fois... au paiement de la dette. À chaque année, les tarifs augmenteront en moyenne de 3,7 % par année, ce pourcentage n’incluant pas les augmentations annuelles d’électricité demandées par Hydro-Québec.

Il ne s’agit là qu’une des tarifications annoncées dans le budget. Celle qui a fait le plus couler d’encre est la mise en place d’une contribution santé qui débutera dès 2010 et qui, à partir de 2012, atteindra 200 $ par année, peu importe le revenu des ménages qui auront à la défrayer. Comme si les 200 $ en question avaient la même valeur pour un ménage qui gagne 25 000 $ et pour un autre qui fait 250 000 $... Une franchise santé viendra s’ajouter plus tard, le tout dans le but d’alimenter un fonds gouvernemental dédié spécifiquement au financement de la santé. Les détails de la franchise restent à venir, mais son but avoué est d’« orienter la consommation des services de santé » ou, en d’autres mots, de la décourager.

Une autre tarification très contestée est la hausse des frais de scolarité à partir de 2012, les modalités de cette augmentation devant être discutées lors d’une rencontre de consultation organisée à l’automne. Cette fois, ce sont les étudiants et les étudiantes provenant des classes populaires et d’une certaine classe moyenne qu’on découragera de poursuivre leurs études supérieures.

Enfin, le gouvernement a annoncé une hausse de la Taxe de vente du Québec de 1 % à partir du 1er janvier 2012, celle-ci venant s’ajouter à l’augmentation déjà annoncée de 1 % à partir de 2011. En l’espace de deux ans, la TVQ passera donc de 7,5 % à 9,5 %.

Des coûts plus élevés... pour moins de services

Alors que la hausse des tarifs et des taxes a soulevé un tollé généralisé qui a entre autres alimenté la mobilisation des « cols rouges » du 11 avril à Québec, les compressions budgétaires annoncées dans le budget, elles, ont fait beaucoup moins de vagues. Elles sont pourtant majeures : 1,2 milliards $ en 2010-2011, 2,9 milliards $ en 2011-2012, 4,7 milliards $ en 2012-2013 et 6,6 milliards $ en 2013-2014. En tout et partout, ce sont 15,4 milliards $ d’économies qui seront réalisées par ce biais.

Des compressions d’une telle ampleur se solderont inévitablement par une réduction de la quantité et de la qualité des services publics, une diminution des fonds pour les programmes sociaux et une porte encore plus grande ouverte à la privatisation dans la santé, l’éducation, etc. Quand le gouvernement affirme qu’il fournira 62 % de l’effort de la lutte au déficit, il oublie de dire que ce n’est pas lui qui en souffrira, mais la population elle-même.

Tout cela pour épargner les plus riches

Alors que le budget Bachand se tourne vers la majorité de la population pour payer la lutte au déficit, par ses tarifs, ses taxes et ses compressions, il épargne à peu près totalement les entreprises qui, selon les chiffres du gouvernement, ne fourniront que 7 % de l’effort. Quant aux contribuables à plus haut revenu qui ont bénéficié d’importantes baisses d’impôt dans la dernière décennie, le gouvernement ne leur demande rien de plus qu’au reste de la population.

Le ministre Bachand a donc fait la sourde oreille aux multiples organismes, dont le FRAPRU, qui ont multiplié les propositions fiscales qui auraient permis de mettre davantage à contribution les mieux nantis et les grandes entreprises.

La réponse de la rue

Dans ce décor désolant, il faut se réjouir du travail accompli jusqu’à maintenant par la nouvelle Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics. Celle-ci a mobilisé pas moins de 15 000 personnes, lors d’une manifestation organisée à Montréal, le 1er avril. Elle a par la suite organisé des actions tintamarres très réussies à la porte de rencontres où le premier ministre Charest était présent, d’abord à Sherbrooke, puis à Montréal. Elle prépare maintenant un plan d’action encore plus ambitieux et dérangeant pour l’automne 2009 et l’hiver 2010.


Le FRAPRU frappe encore ! est publié par le Front d’action populaire en réaménagement urbain.
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Dernier ajout : 8 septembre 2010.

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