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N° 121 - Printemps 2010


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Japon : en lutte pour la reconnaissance des droits

À l’hiver 2010, le FRAPRU a été invité à se joindre à la délégation de NO VOX, lors d’une semaine de solidarité internationale organisée par les organisations japonaises membres de ce réseau sous le thème « Droits sociaux et Mouvements sans frontières ».

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Sans-abri impliqué dans les luttes à Osaka (photo : Véronique Laflamme).

Le Japon vit depuis 20 ans les conséquences d’une crise économique qui a transformé les fondements de l’organisation sociale. La crise boursière du début 1990 a entrainé des pertes d’emploi et une précarisation généralisée du travail. Selon les chiffres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), avant la crise économique de 2008, le Japon avait un des taux de pauvreté relative les plus élevés parmi les pays membres. Il serait même le 2e plus élevé après celui des Etats-Unis. Le gouvernement ultra-libéral au pouvoir pendant les 50 dernières années (et ce, jusqu’aux élections de septembre dernier) n’a jamais mis à jour les politiques sociales qui auraient permis d’atténuer les conséquences des crises. Dans les faits, l’aide sociale et le chômage sont attribués au cas par cas. Plusieurs personnes n’y ont jamais accès, surtout les hommes âgés de moins de 65 ans. Dans un pays où le racisme et la discrimination basés sur la nationalité sont courants au travail, dans les écoles, dans les établissements de santé et dans l’accès au logement, les migrants et migrantes ont encore moins accès à l’aide étatique.

Des exemples de luttes pour le droit au logement... et à la ville

Cette précarisation a évidemment des conséquences importantes sur les conditions de logement. Le loyer est très cher, en particulier à Tokyo. Pour signer un contrat de location, on doit avoir un garant, qui est souvent l’employeur. Ainsi, plusieurs travailleurs et travailleuses sont logés dans des logements patronaux. Avec la multiplication des emplois précaires et le taux « élevé » de chômage, les gens se retrouvent sans garant et sans les moyens financiers de déposer les montants exigés par les propriétaires. Les travailleurs journaliers, les jeunes précaires et les sans-emploi se retrouvent donc sans logis.

C’est dans ce contexte que sont apparus, il y a presque 20 ans, de véritables campements de sans-abri dans des parcs publics, en particulier dans les différents arrondissements de Tokyo et d’Osaka où convergent les gens à la recherche d’un emploi. Ils s’y sont dotés d’espaces collectifs afin de défendre leurs droits. Mais depuis 5 ans, la répression sévit. Les évictions se succèdent. Certains abris se font détruire en plein jour. Cependant, la mobilisation constante des groupes de défense des sans-abri, dont ceux membres de NO VOX, permet dans bien des cas d’assurer leur maintien sur les lieux.

Bien sûr, certains sans-abri font bande à part, mais la plupart, quand ils ne sont pas installés dans un même parc, sont réseautés par quartier et ont des lieux de rencontre hebdomadaires, dont une incontournable, la distribution de nourriture. Le syndicat des travailleurs journaliers a initié il y a plus de 15 ans des cuisines collectives autogérées hebdomadaires. Les sans-abri y sont impliqués activement. Il s’agit non seulement de lieux de rencontres, mais aussi d’échanges d’information et d’organisation politique. C’est là que sont transmises les informations sur les plus récentes directives de la ville et sur les mobilisations à venir. Les sans-abri organisent ainsi de nombreuses actions politiques pour faire valoir leurs droits. Des associations combatives de défense des droits, comme Nojiren, active dans l’arrondissement de Shibuya, organisent des actions et des manifestations pour éviter tout recul. Par exemple, lors du passage de FRAPRU, une manifestation était organisée à la mairie de l’arrondissement pour protester contre l’annonce de la fermeture, pour la nuit, d’un garage sous terrain où une trentaine de personnes passaient la nuit. Après une visite collective et une âpre négociation en groupe, ces dernières ont obtenu un sursis.

Les campements de sans-abri sont prisés surtout par les hommes plus âgés, d’anciens travailleurs journaliers qui ne réussissent plus à se faire embaucher. Pour leur part, les jeunes précaires se retrouvent davantage dans les cafés internet où ils peuvent passer la nuit, moyennant un tarif horaire, et se doucher. Afin de rejoindre ces personnes plus isolées, le syndicat des jeunes précaires de Tokyo a imaginé une alternative leur permettant de sortir de l’errance : une maison collective où elles pourraient se loger à moindre coût. Le syndicat a loué et rénové, à ses frais, une bâtisse délabrée afin d’y aménager des petits logements et des espaces de réunion. Les 16 chambres ont vite trouvé preneurs ! Le petit syndicat souhaite maintenant mettre sur pied de nouveaux projets. Comme il ne peut compter que sur ses propres moyens, il ne répond qu’à une infime partie des besoins. Le financer par un programme de logement social ? Impensable selon les militantes et les militants !

Le logement social ne représente que 2 à 3 % du parc de logements locatifs, il est très peu financé et la grande majorité des gens n’y a pas accès. Les Japonais et les Japonaises sont assez sceptiques sur les possibilités réelles d’obtenir une amélioration significative des programmes sociaux. Les échanges sur le modèle de coopérative d’habitation, autogéré et financé en partie par l’État, présenté par le FRAPRU, ont par contre inspiré les militants et militantes rencontrés qui tiennent à une vie communautaire, ainsi qu’à la prise en charge collective. Depuis la rencontre internationale, certains groupes ont même commencé à revendiquer du relogement dans des immeubles coopératifs lors de l’expulsion de sans-abri de parcs ou d’espaces publics. Avec l’arrivée d’un nouveau gouvernement centriste qui a déjà annoncé quelques réformes, le contexte pourrait être favorable pour obtenir des gains.


Le FRAPRU frappe encore ! est publié par le Front d’action populaire en réaménagement urbain.
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Dernier ajout : 7 septembre 2010.

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