Un symbole a récemment fait son apparition dans plusieurs villes du Canada pour illustrer l’urgence de respecter le droit au logement : celui des tentes rouges. S’inspirant des actions menées à Paris en décembre 2006, le symbole a d’abord été utilisé à Vancouver, à l’occasion des Jeux olympiques de l’hiver 2010. La campagne visait à mettre en contradiction les dépenses faramineuses entrainées par les Jeux et la faiblesse du financement du logement social comme solution aux problèmes de logement et d’itinérance.
Au début de l’été dernier, les groupes anti-pauvreté et autres organisations sociales ont été invités à se servir de ce symbole pour s’unir dans un mouvement canadien pour le droit au logement. La première bataille a été celle pour l’adoption du projet de loi C-304, déposé en 2009 par la députée néo-démocrate Libbie Davis. S’il était adopté, ce projet de loi reconnaîtrait le droit au logement et obligerait le gouvernement fédéral à adopter une « stratégie nationale » sur le logement, comme des instances de l’ONU l’ont recommandé à plusieurs reprises. Une des orientations prévues dans le projet de loi est de faire « en sorte que les coûts de logement au Canada n’empêchent pas une personne de satisfaire ses autres besoins fondamentaux ».
Le FRAPRU s’est joint au mouvement parce qu’il considérait que la reconnaissance du droit au logement et des obligations internationales du Canada en cette matière représenterait une avancée. Il y voyait aussi l’occasion de se doter d’un outil additionnel sur lequel s’appuyer pour revendiquer un financement plus important du logement social de la part du fédéral.
Le 19 octobre, la veille de l’étude en 3e lecture du projet de loi, une journée d’action a été organisée afin de faire pression en faveur de son adoption. À Ottawa, une centaine de tentes ont été déployées près du Parlement. Tout en insistant pour qu’une éventuelle stratégie canadienne reconnaisse la juridiction du Québec en matière d’habitation, le FRAPRU a demandé à l’ensemble de la députation québécoise d’appuyer le projet de loi. Des manifestations en ce sens ont également eu lieu à Halifax, Toronto, London, Winnipeg, Edmonton, Régina, Saskatoon et Victoria.
Une campagne canadienne
Même si l’avenir du projet de loi C-304 demeurait incertain au moment de la pause des Fêtes à la Chambre des Communes, les groupes ont décidé de poursuivre leur travail autour d’une plate-forme axée sur trois revendications :
- l’adoption d’une stratégie canadienne sur le logement respectant la juridiction du Québec ;
- un financement récurrent de 2 milliards $ par année pour de nouveaux logements sociaux ;
- la protection des logements sociaux existants et le maintien des subventions aux locataires à faible revenu.
Avec le budget et la possibilité d’élections générales en 2011, on n’a pas fini de voir des tentes rouges dans les différentes villes du Canada.