À deux jours du vote, le droit au logement cogne aux portes des partis

Montréal, le 3 octobre 2026 — À deux jours du scrutin, plus d’une cinquantaine de locataires ont fait ce matin la tournée des bureaux de campagne de Virginie Dufour, porte-parole libérale sortante en habitation, de Karine Boivin Roy, ministre sortante de l’Habitation, et de Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois.

La Coalition contre le logement cher (COLOC) a organisé cette tournée pour mettre de l’avant les  mesures structurantes qu’elle propose pour s’attaquer à l’inabordabilité du logement : un contrôle obligatoire des loyers, l’inscription du droit au logement dans la Charte des droits et libertés de la personne, et du logement social à la hauteur de la crise.

Madame Dufour et Madame Boivin-Roy ont accepté la demande de rencontre. Le bureau de monsieur St-Pierre Plamondon n’a pas donné suite à la demande de rencontre.

Trois partis aux engagements insuffisants, voire absents

À chaque arrêt, les manifestant·es ont rappelé les trois demandes de la COLOC et dénoncé qu’aucun des trois partis ne propose de contrôle obligatoire des loyers, ni même la mise en place d’un registre public des loyers. Le Parti libéral du Québec (PLQ) se limite à plafonner les hausses dans les résidences privées pour aîné·es. La Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti Québécois (PQ), eux, n’ont pris aucun engagement. Le Parti conservateur du Québec (PCQ) va quant à lui à contre-courant des besoins des locataires en souhaitant le désengagement de l’État en matière de logement social. Québec solidaire (QS) n’était pas visé par la tournée, puisque leurs engagements répondent aux revendications de la COLOC.

À part 2 000 logements dits « abordables » pour les personnes aînées, la CAQ n’a fait aucune annonce en logement durant toute la campagne, en pleine crise. Le PLQ promet 40 000 logements sociaux et abordables » d’ici cinq ans alors que le PQ en promet 20 000 en quatre ans. La Coalition rappelle que 30 224 ménages locataires sont actuellement sur la liste d’attente pour un HLM. Si l’on ajoute les personnes qui ne sont pas dûment inscrites ou admissibles, il va sans dire que les besoins dépassent les engagements.

Sur le droit au logement, pas un seul des trois partis ne s’est engagé à l’inscrire dans la Charte des droits et libertés de la personne.

« Encore une fois, les partis restent sourds aux besoins des locataires. C’est incroyable. Le loyer moyen a augmenté de 30 % depuis les dernières élections, le logement fait partie des priorités des électeurs et électrices, et 74 % d’entre eux se sont prononcés en faveur d’un contrôle obligatoire des loyers, selon un sondage Léger du 29 août 2026. Combien de temps va-t-on encore laisser la situation empirer avant d’adopter des mesures réellement structurantes ? », questionne Lili Bergeron, du comité logement Infologis de l’Est de l’île de Montréal.

Une situation qui se détériore

L’itinérance visible a bondi de 20 % entre 2022 et 2025, pour atteindre 12 077 personnes en avril 2025. Deux mois après le 1er juillet 2026, 1 646 ménages locataires étaient toujours sans logis ou suivis par un service d’aide à la recherche de logement.

« Les locataires sont pris à la gorge. Les loyers explosent. Trop de gens sont à un pépin près de se retrouver à la rue. Une hausse de loyer, une reprise, une séparation, et plus rien n’est à leur portée. Tant qu’on laisse les loyers s’envoler et qu’il n’y aura pas plus d’alternatives au marché privé, c’est dans des situations d’extrême précarité et d’itinérance que les gens risquent de se retrouver. Est-ce que c’est vraiment ça qu’on souhaite comme société ? », a déclaré Catherine Marcoux, organisatrice communautaire et porte-parole pour le RAPSIM.

Des mesures qui s’imposent

« On parle de construire plus, mais il faut construire des logements que le monde peut se payer, dès le premier jour et pour toujours. Pour ça, ça prend du logement social. Sans contrôle obligatoire et sans registre public des loyers, les loyers vont continuer leur course folle. Et tant que le droit au logement ne sera pas dans la Charte, rien n’oblige les gouvernements à le mettre en œuvre », explique Lili Bergeron, du comité logement Infologis de l’est de l’île de Montréal.

Pour la COLOC, l’inaction a un prix : la précarisation des locataires pèse sur le système de santé, surcharge les refuges et les organismes communautaires et complique la sortie de certaines situations de violence conjugale. Agir maintenant en finançant le logement social, en contrôlant les loyers et en reconnaissant le droit au logement maintenant coûte moins cher que de gérer les conséquences du mal-logement année après année.

Une semaine de Riposte, de Rouyn à Québec, en passant par Montréal

La tournée d’aujourd’hui clôt une semaine d’actions de la COLOC menées dans différentes régions du Québec de la Riposte populaire contre la vie chère, le climat précaire et les attaques autoritaires telle qu’appelée par le Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MÉPACQ.

Le 25 septembre, des bannières ont été déployées à Montréal et à Rouyn-Noranda. Le 28 septembre, des centaines de personnes ont manifesté dans le sud-ouest de Montréal et plusieurs ont occupé un bâtiment vacant pendant plus de 36 h. Le 1er octobre, les membres de la coalition à Québec ont organisé une pendaison de crémaillère symbolique pour les futurs nouveaux élus, pendant que d’autres manifestaient contre le logement cher à Rouyn-Noranda.

Après le 5 octobre, la coalition sera toujours là

Lundi soir, quel que soit le parti élu, le nouveau gouvernement aura devant lui près de 130 organisations qui exigent de faire progresser la mise en œuvre d’un droit fondamental. Alors que de plus en plus de locataires se sentent acculé·es au pied du mur, la COLOC s’engage à ce que les politicien·es ne puissent plus ignorer la réalité et refuser d’agir.

À propos de la Coalition contre le logement cher
Lancée en avril 2026, la Coalition contre le logement cher réunit 130 groupes membres, dont une trentaine de regroupements nationaux, issus des milieux logement, syndical, communautaire, féministe, étudiant et de l’itinérance. Cette diversité démontre que la crise de l’abordabilité du logement est un enjeu transversal.

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Renseignements : Benoit Rullier, COLOC, (514) 781-2220