Historique

Le FRAPRU a été formé lors d’un colloque populaire organisé à Montréal du 20 au 22 octobre 1978. Ce colloque, qui faisait suite à plusieurs mois de préparation et de débats, réunissait des groupes de différentes régions du Québec qui étaient aux prises avec des programmes de rénovation urbaine baptisés Programmes d’amélioration de quartier (PAQ).

À la fin du colloque, les participantes et les participants ont voté de créer « une organisation commune autour de l’aménagement urbain dont le caractère sera principalement revendicatif, appuyé par des services, et visant à adopter des mesures qui profiteront à chacun de nos quartiers ». En d’autres mots, les groupes ne voulaient plus simplement réagir aux effets néfastes de la rénovation urbaine (démolitions, hausses de loyer suivant des travaux de rénovations majeures, éviction des locataires, exode hors du quartier, etc.), mais se donner un rapport de force suffisant pour modifier les politiques mêmes qui étaient à l’origine de ces problèmes.

Même si c’est à ce moment que le FRAPRU a vu le jour, il n’a adopté son nom actuel qu’à l’été 1979. Ses objectifs étaient au départ de permettre le maintien de la population résidante dans les quartiers populaires par la préservation du parc de logements à bas loyer et de rénovations se faisant aux conditions des locataires. La première grande campagne menée par le FRAPRU en 1980 s’intitulait Des quartiers où nous pourrons rester.

Les premières batailles

Au premier congrès du FRAPRU qui a eu lieu à Québec en mai 1981, ses membres ont décidé que le meilleur moyen d’obtenir ces quartiers où nous pourrons rester était de se battre pour le « maintien et l’intensification des programmes de logement social ». Un peu plus de 6 000 logements sociaux étaient alors financés annuellement au Québec, principalement par le gouvernement fédéral.

C’est depuis ce moment que le logement social est au centre des luttes menées par le FRAPRU qui a choisi de ne pas promouvoir une forme de logement social en particulier, mais de les défendre toutes, qu’il s’agisse des habitations à loyer modique (HLM), des coopératives d’habitation ou des logements gérés par des organismes sans but lucratif (OSBL).

La lutte pour le logement social s’est d’abord implantée au niveau local. Elle a mené à des victoires majeures dont la plus marquante a été la construction d’un total de 900 logements sociaux sur le site de l’ancienne usine Angus, dans le quartier Rosemont, à Montréal. Elle s’est ensuite déployée au plan national. Au milieu des années 1980, le FRAPRU a dû se battre contre les nouvelles orientations fédérales adoptées par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney. Celles-ci rétrécissaient notamment l’accès au logement social et introduisaient certaines formes de privatisation, en favorisant l’octroi de suppléments au loyer à des propriétaires privés plutôt que la construction de HLM.

Même si elle n’a pas été victorieuse, cette lutte, menée en front commun avec les autres organisations nationales en habitation, a permis au FRAPRU de développer sa stratégie d’intervention basée sur la mobilisation des personnes vivant directement les problèmes de logement (les « mal-logéEs ») et sur l’appel à l’opinion publique. En 1987, lors de l’Année internationale du logement des sans-abri décrétée par l’Organisation des Nations Unies, il a organisé une manifestation de près de 700 personnes à Ottawa et publié un percutant Dossier noir sur le logement et la pauvreté au Québec, le premier d’une série de six.

Par la suite, le FRAPRU s’est retrouvé au centre de plusieurs luttes qui étaient souvent menées en coalition et n’étaient pas directement reliées au logement social :
- contre la levée par le gouvernement libéral de Robert Bourassa du moratoire alors en place sur la conversion de logements locatifs en condominiums (1986 à 1988) ;
- contre la démolition de 107 logements et chambres à bas loyer sur l’Îlot Overdale, au centre-ville de Montréal (1987 et 1988) ;
- pour l’adoption par le gouvernement québécois d’une politique globale en habitation (1989 à 1992) ;
- contre la réforme de l’aide sociale menée par ce même gouvernement (1987 à 1990) ;
- contre un décret du gouvernement Bourassa augmentant les loyers dans les HLM et dans d’autres logements sociaux (1990 à 1992).

Le FRAPRU profitera de cette dernière lutte pour initier une organisation nationale de défense des droits des locataires de HLM qui deviendra, en 1993, la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec (FLHLMQ).

La grande défaite

En 1991, le FRAPRU a entamé sa bataille la plus importante à date, celle contre le retrait du gouvernement fédéral du financement de nouveaux logements sociaux. Dans son budget de 1990, le gouvernement conservateur avait commencé à couper dans les fonds destinés à ces logements. Il a répété le manège dans son budget de 1991. C’en était trop. Il en allait de l’avenir du logement social, toutes les nouvelles unités financées au Québec l’étant à partir de fonds provenant majoritairement, quand ce n’était pas exclusivement, d’Ottawa. La bataille a été acharnée, le FRAPRU allant jusqu’à organiser un camp de trois jours sur les eaux gelées de la rivière Outaouais, au pied du Parlement fédéral, au moment du budget de février 1992.

C’est toutefois par une défaite amère que s’est soldée la lutte, le gouvernement Mulroney annonçant dans son budget d’avril 1993 qu’Ottawa ne s’impliquerait plus dans le financement à long terme de logements sociaux à partir du 1er janvier 1994. Il avait, un an plus tôt, mis fin à son programme de financement de coopératives d’habitation.

Même l’arrivée au pouvoir, en octobre 1993, d’un nouveau gouvernement fédéral, cette fois dirigé par le Parti libéral de Jean Chrétien, n’a pas empêché le retrait d’Ottawa. Le développement du logement social venait carrément de tomber à zéro.

La reprise

Après quelques actions de dénonciation du Parti libéral du Canada qui s’était initialement opposé aux coupures fédérales avant de les mettre lui-même en application, le FRAPRU s’est tourné vers le gouvernement québécois pour qu’il finance ses propres programmes de logement social.

Le terrain semblait propice, le gouvernement libéral du Québec, maintenant dirigé par Daniel Johnson, qui n’avait pas levé le petit doigt contre les coupures d’Ottawa et qui semblait peu enclin à prendre la relève du fédéral, devant aller en élection à la fin de l’été 1994. De concert avec plusieurs intervenants communautaires et municipaux, en particulier la Ville de Montréal, le FRAPRU a d’abord mis de l’avant la création d’un programme québécois de logements coopératifs et sans but lucratif baptisé Résolution Montréal.

Bien avant les élections, le FRAPRU a concentré ses pressions sur le Parti québécois de Jacques Parizeau pour qu’il s’engage à mettre sur pied un tel programme, s’il était élu. En avril 1994, il a organisé ce qui était alors une première : une manifestation à la porte d’un parti toujours dans l’opposition. Cette action lui a permis de rencontrer le comité chargé de l’élaboration de la plate-forme électorale du PQ.

Toutes ces démarches ont porté fruit. La création d’un nouveau programme de logement social figurait dans la plate-forme électorale du PQ, publiée en juin 1994. M. Parizeau a précisé cet engagement au milieu de la campagne, en promettant la réalisation de 1 500 logements coopératifs et sans but lucratif par année.

Sitôt le gouvernement péquiste élu, le FRAPRU a multiplié les actions pour qu’il respecte au moins ce modeste engagement. L’action la plus spectaculaire a été la construction sur la Colline parlementaire d’un « bidonville » fabriqué avec des panneaux électoraux de la dernière campagne.

Le gouvernement Parizeau n’a toutefois respecté qu’en partie l’engagement pris, avec la mise sur pied du Programme d’achat-rénovations en coopératives et en OSBL d’habitation (PARCO). Il avait toujours pour objectif de financer 1 500 logements sociaux, mais à une seule reprise plutôt qu’à chaque année, comme le PQ l’avait promis.

La bataille a dû donc se poursuivre pour la mise sur pied d’un programme récurrent. Cette fois cependant, le contexte n’était plus du tout favorable, après l’échec référendaire du 30 octobre 1995, l’arrivée de Lucien Bouchard au poste de premier ministre du Québec et l’adoption au printemps 1996 de l’objectif de Déficit zéro par le gouvernement québécois.

Les pressions de toutes sortes exercées par le FRAPRU, en concertation avec l’ensemble des autres regroupements communautaires en habitation sociale, ont cependant été victorieuses. Un Plan d’action gouvernementale en habitation qui accompagnait le budget d’avril 1997 a fait l’annonce d’un nouveau programme baptisé plus tard AccèsLogis dont le financement était assuré pendant cinq ans. Le gouvernement envisageait en même temps d’augmenter les loyers d’une partie des locataires de logements sociaux à 30 % de leurs revenus, mais une lutte farouche, menée par le FRAPRU et la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec, fera reculer le gouvernement Bouchard.

Pour un Grand Chantier de logement social

Fort du financement d’AccèsLogis pendant cinq ans, le FRAPRU a cherché à aller plus loin que les 1 500 logements coopératifs et sans but lucratif prévus dans ce programme. Il a donc mis de l’avant le projet d’un Grand Chantier de logement social qu’il précisera par la suite ainsi : financement d’au moins 8 000 logements sociaux par année dont la moitié en HLM et l’autre moitié en coopératives et en OSBL.

En plus de poursuivre ses pressions sur le gouvernement québécois pour qu’il adopte cet objectif, il a repris graduellement ses pressions sur le gouvernement fédéral toujours dirigé par Jean Chrétien pour qu’il réinvestisse dans le domaine.

Contrairement à la lutte du début des années 1990, menée presque exclusivement au Québec, d’autres organisations s’activaient ailleurs au Canada et le FRAPRU a tenté de concerter ses efforts avec celles-ci, en devenant membre du Réseau national sur le logement et l’itinérance, initié par le Toronto Disaster Relief Committee. Il a aussi collaboré avec d’autres organisations plus officielles dont la Fédération canadienne des municipalités dont le porte-parole en habitation et futur président était feu Jack Layton qui deviendra plus tard chef du Nouveau parti démocratique, à Ottawa.

En décembre 1998, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’Organisation des Nations unies (ONU) , est venu donner un élan à la bataille, au terme d’audiences tenues à Genève sur le respect de ces droits au Canada. Suite aux représentations sur place de plusieurs organismes non-gouvernementaux dont la Ligue des droits et libertés et le FRAPRU, le Comité a demandé au Canada de considérer les problèmes de logement et d’itinérance comme une « urgence nationale ».

Les actions du FRAPRU, elles, se faisaient encore plus insistantes. Au début de 2000, le FRAPRU a été jusqu’à occuper l’Édifice Langevin abritant les bureaux du premier ministre Chrétien, à Ottawa.

Pendant ce temps, l’appui à la revendication de 8 000 logements sociaux par année grandissait au Québec même. Elle a fait entre autres partie des demandes québécoises de la Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence de l’automne 2000. Malgré le succès populaire de la Marche, le seule réponse du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard à ses revendications a été l’octroi d’une augmentation de 10 cents du salaire minimum !

Des progrès significatifs

C’est à Ottawa qu’un premier débouché s’est produit, avec l’annonce, le 1er novembre 2000, à la veille du déclenchement des élections fédérales qui l’ont reporté au pouvoir, de l’intention du gouvernement Chrétien d’investir 680 millions de dollars en cinq ans dans la construction de nouveaux logements dits abordables. Pendant plus d’un an, le FRAPRU se battra non seulement pour que l’engagement libéral soit pleinement respecté, mais surtout pour que l’argent soit très clairement destiné au logement social plutôt que de passer en subventions au privé. Deux conférences fédérales-provinciales-territoriales tenues en 2001 à London, en Ontario, puis à Québec, seront le théâtre de mobilisations importantes du FRAPRU et du Réseau national sur le logement et l’itinérance.

L’initiative fédérale a finalement été suffisamment souple pour que le gouvernement québécois, toujours dirigé par le Parti québécois, accepte de l’utiliser très majoritairement à des fins de logement social, par le biais d’un nouveau programme baptisé Logement abordable Québec. L’annonce en a été faite dans le budget de l’automne 2001, présenté par la ministre des Finances d’alors, Pauline Marois. Celle-ci a, en même temps, confirmé la prolongation pour cinq ans du programme AccèsLogis. Le gouvernement québécois venait de se doter d’un nouvel objectif de 13 000 logements en cinq ans, dont 11 500 logements sociaux et 1 500 logements privés. On était encore loin de la revendication de 8 000 unités par an, mais l’avancée était significative.

Elle l’a d’autant plus été que les municipalités, qui, dans certains cas, refusaient que des logements sociaux se réalisent sur leur territoire, se feraient dorénavant tordre le bras par le gouvernement québécois pour les accepter ou du moins les payer. Le FRAPRU a en effet obtenu un gain surprenant au moment de la saga des fusions municipales du début des années 2000. Suite à ses représentations, toutes les municipalités fusionnées devaient dorénavant se doter d’un fonds obligatoire de développement du logement social. Dans la nouvelle Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), toutes les municipalités, fusionnées ou non, devaient contribuer à un tel développement, où qu’il se fasse sur le territoire de la CMM.

La crise…

Le FRAPRU devait en même temps faire face à un défi considérable : une pénurie de logements locatifs, comme le Québec n’en avait pas connu depuis des décennies. En 2000, le taux de logements inoccupés, qui était bien au-dessus de la barre du 3 % au cours des années 1990, a dangereusement glissé en dessous dans les régions métropolitaines de Montréal, Gatineau et Québec. À quelques jours de la date fatidique du 1er juillet 2001, le FRAPRU disposait d’une liste de 200 familles qui risquaient fort de se retrouver sans toit. Il a sonné l’alarme qui a d’abord été prise à la légère par les autorités politiques. Celles-ci parlaient sans gêne d’« un 1er juillet comme un autre » et refusaient le qualificatif très largement utilisé dans les médias de « crise du logement ». Elles ont toutefois dû se rendre à l’évidence à la toute dernière minute et mettre en place des programmes d’urgence qui se répéteront par la suite, année après année, atteignant des sommets en 2002 et 2003. La crise du logement était alors au cœur de l’actualité et le FRAPRU obtenait une visibilité qu’il n’avait jamais connue à ce point  auparavant.

Une crise d’un tout autre genre est venue s’ajouter en 2003, suite à la victoire du Parti libéral du Québec mené par Jean Charest. Dès le lendemain de son élection, celui-ci a mis de l’avant un projet de « réingénierie de l’État » ou, en d’autres mots, de révision de son rôle dans l’économie, dans les services publics, dans les programmes sociaux, etc. Tous les organismes et programmes gouvernementaux allaient être passés à la loupe. Dès le départ, le gouvernement Charest a aussi adopté une série de lois anti-syndicales.

L’inquiétude et la colère étaient grandes dans tous les milieux sociaux. Elles l’étaient aussi dans le domaine de l’habitation, même si le Parti libéral avait pris une série d’engagements électoraux, dont l’accélération du développement des 13 000 logements annoncés par l’ex-gouvernement péquiste. Or, contrairement au budget présenté par celui-ci à la veille du déclenchement des élections, le premier budget libéral rendu public en juin 2003 n’investissait pas un sou supplémentaire en habitation, alors qu’il était pourtant évident pour tous les intervenants, y compris la Société d’habitation du Québec, qu’il était impossible d’atteindre l’objectif de 13 000 logements sans l’ajout de fonds substantiels.

Tout en étant très actif dans le Réseau de vigilance formé pour s’opposer aux politiques du gouvernement Charest, le FRAPRU a alors monté le ton pour que le budget de 2004 investisse en logement social. Il a entre autres profité d’une large tournée de consultations pré-budgétaires du ministre des Finances, Yves Séguin, pour porter le message aussi bien à l’intérieur des rencontres qu’à l’extérieur, dans la rue. À la grande surprise du FRAPRU, le ministre s’est montré ouvert et a parlé d’investir en logement social tout au long de sa tournée. Il s’est même rendu aux bureaux du FRAPRU pour en discuter directement. Tout en n’étant pas à la hauteur des attentes créées par le ministre Séguin, le budget 2004 a non seulement ajouté les sommes nécessaires à la réalisation des 13 000 logements déjà promis, mais il a monté la barre à 16 000.

Cet objectif grimpera lors des huit budgets subséquents du gouvernement Charest et la grande majorité des logements seront réalisés dans le programme AccèsLogis. Il ne faut cependant pas croire pour autant que la lutte pour le logement social a été plus facile.

La banalisation des problèmes

Si elle était toujours présente et s’était même étendue à plusieurs régions du Québec, la pénurie de logements locatifs n’était plus aussi aiguë dans des grandes centres comme Montréal. Elle ne touchait plus tous les types de locataires, comme c’était le cas au départ, mais uniquement les ménages à plus faible revenu, principalement des familles, incapables de payer des logements dont les loyers ont littéralement explosé depuis 2000.

Les problèmes de logement ne défrayaient donc plus autant les manchettes et les gouvernements se sentaient moins obligés d’y répondre. La lutte en était d’autant plus dure.

Le gouvernement fédéral se faisait en particulier tirer l’oreille, et pas uniquement depuis l’arrivée au pouvoir du Parti conservateur de Stephen Harper. Au printemps 2005, il a fallu que le NPD menace de faire tomber le gouvernement libéral minoritaire, alors dirigé par Paul Martin, pour qu’il accepte de modifier son budget pour inclure 4,6 milliards de dollars de dépenses sociales dont 1,6 milliard pour le « logement à loyer modique ». C’est cette somme amputée de 200 millions de dollars que le nouveau gouvernement conservateur s’est contenté d’annoncer dans son premier budget présenté en mai 2006. Il n’a pas fait d’autres annonces avant l’élection de l’automne 2008 où il a confirmé la prolongation d’une série d’initiatives fédérales dont celles dans le « logement abordable ». Dans le budget de janvier 2009, pour faire face à la crise, mais aussi pour éviter d’être renversé, il a ajouté 1 milliard de dollars par année pendant deux ans, principalement pour la rénovation des logements sociaux existants, mais aussi pour la création de nouveaux logements.

Durant toutes ces années, le FRAPRU n’a jamais ralenti ses pressions de toutes sortes. Il a même réussi à « squatter » brièvement Rideau Hall, la résidence officielle de la gouverneure générale du Canada, Michaële Jean, à Ottawa. Il aussi multiplié les manifestations et les interpellations des leaders des grands partis fédéraux, à l’occasion des campagnes électorales qui se sont succédé à un rythme effréné de 2004 à 2011.

Compte tenu de la banalisation du problème du logement, la partie a été tout aussi difficile à Québec où deux élections générales ont également eu lieu en moins de deux ans. Celle de mars 2007, où aucun des grands partis n’a pris d’engagements écrits, a été particulièrement inquiétante. Ce n’est qu’in extremis que le budget qui a suivi a investi dans la réalisation de logements sociaux essentiellement financés avec des fonds fédéraux. Il n’en fallait pas plus pour convaincre le FRAPRU de mener une action d’envergure en juin 2008, le Camp des 4 Sans (« Sans toit, sans l’sou, sans droit et sans voix » ) organisé au moment des célébrations des 400 ans de la ville de Québec. Appuyé par de nombreuses personnalités dont Richard Desjardins, Gilles Vigneault et François Avard, ce Camp a donné lieu à la plus importante manifestation de l’histoire du FRAPRU, avec la participation d’au moins 1 300 personnes.

Contrairement à la campagne électorale de 2007, celle de l’automne 2008 a permis à tous les partis , à l’exception de l’Action démocratique du Québec, de prendre des engagements en habitation. Pour un, le premier ministre Charest s’est engagé à financer au moins 3 000 logements sociaux par année pendant cinq ans dans le cadre du programme AccèsLogis.

Pendant ce temps, le FRAPRU dû se battre pour faire respecter cet engagement, mais aussi pour revendiquer que les gouvernements tant fédéral que québécois financent un nombre plus adéquat de logements sociaux.

À Ottawa, le gouvernement Harper, majoritaire depuis les élections générales du 2 mai 2011, a mis fin au Plan économique du Canada et aux investissements en logement social qui y étaient consentis. Il a tout juste accepté de maintenir jusqu’au 31 mars 2019 une aide financière de 250 millions $ par an aux provinces et aux territoires pour les épauler dans leurs efforts dans le domaine du logement dit abordable. Le montant est ridicule. Au Québec, les 57,7 millions $, reçus annuellement du fédéral, ne permettaient même pas de subventionner 700 logements sociaux dans le cadre du programme AccèsLogis.

À Québec, les budgets de 2009-2010 et 2010-2011 du gouvernement Charest ont tous les deux respecté l’engagement du premier ministre, en finançant 3 000 nouveaux logements sociaux par an. Ce ne fut pas le cas pour les budgets 2011-2012 (2 000 unités) et de 2012-2013 (2 500).

Tout cela a convaincu le FRAPRU d’organiser, au printemps et à l’automne 2011, deux caravanes de locataires qui, durant une semaine chacune, ont sillonné le Québec pour illustrer l’ampleur et la diversité des problèmes de logement et pour accentuer la pression sur les gouvernements supérieurs.

Au printemps, une quarantaine de locataires ont parcouru les villes de Gatineau, Montréal, Châteauguay, Sherbrooke, Trois-Rivières, La Tuque, Saguenay et Québec. La Caravane Sur la route pour le logement social s’est terminée dans le Vieux Québec, le 19 février 2011, par une manifestation de 800 à 1000 personnes.

À l’automne, l’organisation de deux convois séparés partis simultanément d’Ottawa et de Québec, lors de la Journée mondiale de l’Habitat, a permis à 80 personnes, regroupées en deux convois, de parcourir un total de 3 200 kilomètres. Ce périple les a menées à Val d’Or, Malartic, Rouyn-Noranda, Mont-Laurier, Saint-Jérôme, Joliette, Louiseville, Shawinigan, Trois-Rivières, Sorel, La Malbaie, Baie-Comeau, Sept-Îles, Matane, Rimouski, Rivière-du-Loup, Lévis, Thetford-Mines, Sherbrooke et Granby. Comme lors de la première Caravane, des actions ont été organisées dans chacune de ces villes, en collaboration avec des regroupements populaires, des groupes de femmes ou de personnes assistées sociales, des centres d’amitiés autochtones et des associations de locataires de HLM. Les deux convois se sont rejoints, le samedi 8 octobre, lors d’une manifestation à Longueuil. Le lendemain, autour de 800 personnes ont participé à la grande manifestation nationale de clôture de la Caravane. Partie du quartier montréalais de Parc Extension, l’un des plus pauvres au Canada, elles ont franchi l’odieuse clôture le séparant de la cossue Ville Mont-Royal.

Une nouvelle conjoncture

Le 4 septembre 2012, le gouvernement libéral de Jean Charest a été remplacé par un nouveau gouvernement, minoritaire celui-là, celui du Parti québécois de Pauline Marois. Durant la campagne électorale qui l’a mené au pouvoir, le PQ avait repris l’engagement de financer au moins 3 000 logements sociaux par année. Le premier budget du nouveau ministre des Finances, Nicolas Marceau, présenté en novembre 2012, a respecté cet engagement minimal.

Avant même que débute la campagne électorale au cours de laquelle il a encore une fois été très actif, le FRAPRU avait déjà prévu une autre activité très ambitieuse, l’organisation d’une Commission populaire itinérante sur le droit au logement à l’automne 2012. Durant six semaines, quatorze commissaires provenant d’horizons divers ont entendu plus de 360 témoignages d’individus et de groupes dans les 17 régions administratives du Québec. La Commission a débuté ses travaux à Kuujjuaq, au Nunavik, pour les terminer à Lac Simon, une communauté anishnabe (algonquine) de l’Abitibi. Elle a entre temps visité les villes de Rimouski, Gaspé, Laval, Shawinigan, Victoriaville, Sept-Îles, Saguenay, Maniwaki, Gatineau, Québec, Montréal, Sherbrooke, Sainte-Thérèse, Lévis, Joliette, Longueuil et Rouyn-Noranda.

Le rapport rédigé par les commissaires a été lancé en mars 2013. Il a par la suite été présenté un peu partout à travers le Québec au cours d’une autre tournée, baptisée Agir, bâtir, lutter pour le droit au logement.  Le rapport des commissaires, le documentaire Au pied du mur, et des articles sur les travaux de la Commission dans les différentes régions sont disponibles ailleurs sur ce site.

Vers la socialisation du parc de logements locatifs

C’est justement pour assurer le droit au logement pour toutes et tous que le Front a, depuis son congrès annuel de 2006, monté la barre de ses revendications et adopté une nouvelle orientation. Il a délaissé la demande de 8 000 logements sociaux par année qu’il portait depuis près d’une décennie pour la remplacer par un objectif à plus long terme, celui de parvenir à doubler dans un délai raisonnable le nombre de logements sociaux au Québec.

Cet objectif part du constat qu’à peine 11 % de l’ensemble des logements locatifs du Québec sont des logements sociaux,qui échappent à la logique du profit et obéissent à une autre logique : celle du respect du droit au logement. Le FRAPRU propose d’accroître continuellement ce pourcentage. C’est ce que le congrès de juin 2006 a surnommé la « socialisation du parc de logements locatifs ». Celle-ci passe tout autant par l’acquisition de logements privés existants et leur transformation en logements sociaux que par la construction massive de nouvelles unités.

Afin d’avancer sérieusement dans son objectif de doubler le nombre de logements sociaux qui se situe présentement autour de 142 000 unités, c’est le financement de 50 000 unités en cinq ans que le FRAPRU a réclamé dans ses pressions budgétaires des dernières années. Ce financement doit, à son avis, passer par une augmentation importante des fonds attribués à l’actuel programme AccèsLogis, mais aussi par la reprise du développement des HLM abandonné depuis le retrait fédéral de 1994, ainsi que par la mise sur pied d’un programme d’acquisition de logements locatifs.

Même si c’est le gouvernement québécois qui a été directement interpellé par cette demande, le FRAPRU a maintenu ses pressions sur le gouvernement conservateur pour qu’il augmente considérablement sa contribution financière, en consacrant 2 milliards de dollars par année au financement de nouveaux logements sociaux au Canada. Pour montrer qu’Ottawa avait tout à fait les moyens de consentir de tels investissements, le FRAPRU a organisé plusieurs actions contre les dépenses militaires du gouvernement fédéral. En 2010 et 2011, il a notamment mené campagne sous le thème « 1 F-35 = 6 400 logements sociaux », en s’attaquant aux dépenses de 30 milliards $ que le gouvernement Harper était alors prêt à consentir pour l’achat et l’entretien à long terme de 65 avions de combat F-35.

Le FRAPRU s’est par ailleurs de plus en plus préoccupé de la protection des logements sociaux existants. Une lourde menace pèse toujours sur 113 650 logements toujours financés par le gouvernement fédéral avant son retrait de 1993 : la fin du financement à long terme accordé pour la réalisation des HLM et d’une majorité des coopératives et des OSBL d’habitation que compte le Québec. Des milliers de logements sociaux y ont déjà perdu leur financement fédéral, dont 10 000 en 2015 seulement. La fin des ententes signées avec le gouvernement entraîne la hausse du coût du logement de plusieurs locataires à faible revenu, la détérioration du parc actuel de logements sociaux et possiblement la privatisation d’une partie des logements.

Encore sur tous les fronts

Toutes ces luttes sur le front du logement n’empêchent pas le FRAPRU de continuer d’être actif sur des enjeux plus globaux. À l’automne 2009, il est un des organismes qui ont uni leurs efforts pour créer une nouvelle coalition visant à s’opposer aux hausses de tarifs et aux compressions que le gouvernement Charest envisageait pour son prochain budget. La Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics a depuis organisé plusieurs actions , notamment la manifestation qui a rassemblé 15 000 personnes, à Montréal, le 1er avril 2010, deux jours après que le ministre des Finances du Québec, Raymond Bachand, ait confirmé qu’il allait de l’avant avec une hausse de 2 % de la Taxe de vente du Québec, avec une toute une série de tarifications nouvelles ou accrues dans la santé, l’éducation et l’électricité résidentielle, ainsi qu’avec des compressions budgétaires brutales. La bataille s’est poursuivie avant et après le budget présenté le 17 mars 2011 par le ministre des Finances, Raymond Bachand. Une manifestation de 50 000 personnes a notamment été organisée, cinq jours avant le budget, en collaboration avec l’Alliance sociale, un nouveau regroupement formé à l’initiative des centrales syndicales.

Des actions et des interventions ont été organisées à l’automne 2011 et au printemps 2012. Une grande action de désobéissance civile a ainsi eu lieu à Montréal, le 12 février. Des centaines de personnes ont bloqué pendant plusieurs heures l’édifice de la Bourse de Montréal. Ce blocage a été suivi de nombreuses actions et interventions de solidarité avec le mouvement étudiant en lutte contre la hausse brutale des frais de scolarité. À son congrès de juin 2012, tenu au moment de ce Printemps érable, le FRAPRU s’est prononcé en faveur du déclenchement d’une grève sociale au moment jugé opportun. La majorité de ses groupes membres participants a obtenu des mandats à cet effet.

La lutte s’est poursuivie après l’élection du Parti québécois de Pauline Marois, surtout que celui-ci a fait marche arrière sur plusieurs de ses engagements électoraux, en maintenant la taxe santé qu’il s’est contenté de moduler, en annonçant qu’il voulait indexer les tarifs du bloc patrimonial d’Hydro-Québec (ce qui viendrait s’ajouter aux hausses annuelles d’Hydro-Québec) et en renonçant à la plupart des mesures permettant de rehausser les impôts des mieux nantis.

Si le gouvernement péquiste avait choisi la voie de l’austérité budgétaire, cette orientation est devenue encore plus claire avec la réélection, en avril 2014, du Parti libéral du Québec, maintenant dirigé par Philippe Couillard. Sous prétexte d’atteindre l’équilibre budgétaire dès 2015-2016, le gouvernement Couillard a rapidement repris l’idée de réingénierie de l’État que son prédécesseur, Jean Charest, n’avait pas réussi à mener à terme. Tous les programmes de l’État sont passés à la loupe, avec l’objectif avoué d’en éliminer plusieurs ou du moins d’en réduire la portée. Une Commission de révision permanente des programmes a notamment été mis sur pied à cette fin. Les premiers effets en logement social ont été ressentis dès les débuts de 2015. Les subventions additionnelles accordées depuis 2009 dans le programme AccèsLogis afin de faciliter la réalisation de logements sociaux partout au Québec, y compris dans les endroits où les coûts sont plus élevés, ont été abolis, rendant difficile et parfois impossible une telle réalisation en plusieurs endroits. Le budget de mars 2015 du ministre des Finances, Carlos Leitao, a fait un pas de plus, en réduisant de moitié le budget consacré annuellement à AccèsLogis et en faisant passer de 3000 à 1500 le nombre de logements sociaux pouvant être réalisés. Le ministre Leitao a même ouvert toute grande la porte à la privatisation de l’aide au logement en annonçant le financement au cours des cinq prochaines années de 5800 suppléments au loyer privés, soit 1000 en 2015-2016 et 1200 à chacune des quatre années suivantes.

Dans ce contexte, le FRAPRU est plus impliqué que jamais au sein de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics qui, pour s’opposer à l’austérité budgétaire, propose toute une série de mesures fiscales et budgétaires qui permettraient d’aller chercher 10 milliards $ par an, notamment en mettant davantage à contribution les personnes à haut revenu et les grandes entreprises. Plusieurs actions ont été organisées en ce sens au cours des dernières années, les plus importantes étant une manifestation de quelques dizaines de milliers de personnes à Montréal, le 31 octobre 2014,  et une grande journée de grève sociale et d’actions de perturbation, le 1er mai 2015. Pour suivre le travail de la Coalition, on peut consulter le site http://www.nonauxhausses.org/.

Au cours des dernières années, le FRAPRU a également joué un rôle important dans la lutte pour le financement du mouvement communautaire. Il est l’une des organisations qui ont ont coordonné les deux jours de grève, de fermeture et d’interruption d’activités auxquels ont participé 1431 groupes de tout le Québec, les 2 et novembre 2015. À l’automne 2016, il sera à nouveau impliqué, cette fois dans l’organisation, avec d’autres organisations nationales, de trois jours d’actions, dont deux de grève, organisées en faveur d’un accroissement majeur du financement de l’action communautaire autonome, du 7 au 9 novembre 2016.

Le logement, un droit

À l’automne 2014, le FRAPRU a démarré une grande campagne baptisée Le logement, un droit. Celle-ci interpelle les paliers de gouvernement fédéral et québécois sur leurs responsabilités à l’égard du droit au logement.

La campagne Le logement, un droit s’est amorcée dès septembre 2014 avec le dévoilement d’un nouveau Dossier noir sur le logement et la pauvreté qui montre, sur la base des données de l’Enquête nationale auprès des ménages, menée en 2011 par Statistique Canada, que la situation des locataires du Québec s’est grandement détériorée depuis 2006. Une tournée de présentation de ce dossier s’en est suivie. Le 21 novembre 2014, Journée canadienne sur le logement, des déménagements simultanés ont été organisés devant les bureaux de Stephen Harper, à Ottawa, et de Philippe Couillard, à Saint-Félicien. De plus, le FRAPRU a produit et largement diffusé une série de douze capsules vidéos dans lesquelles des personnes témoignent de leurs problèmes de logement, mais aussi des effets bénéfiques du logement social. Une manifestation nationale a réuni 500 personnes à Québec, à la fin mars 2015, à quelques jours du budget québécois et à quelques semaines de celui  du gouvernement fédéral.

L’action la plus ambitieuse a cependant été l’organisation d’un nouveau Camp, celui pour le droit au logement, qui se voulait à durée indéterminée et devait se tenir au centre-ville de Montréal. Le FRAPRU avait au préalable obtenu et rendu public l’appui de plusieurs personnalités connues, dont les acteurs et actrices Andrée Lachapelle, Michel Côté, Gilles Renaud, Alexis Martin et Paule Baillargeon, les humoristes Lise Dion et Christian Vanasse, l’auteur François Avard, le scénariste Robert Lepage, les cinéastes Philippe Falardeau, Bernard Émond et Hugo Latulippe, les chanteuses Judy Richards et Chloé Sainte-Marie, les rappeurs Samian et Webster, les philosophes Normand Baillargeon, Michel Seymour et Christian Nadeau et plusieurs autres. De nombreuses organisations québécoises et internationales appuyaient aussi l’évènement. Le 21 mai, 2015, une grande manifestation, à laquelle participaient plusieurs de ces personnalités, s’est rendue au terrain choisi pour le campement urbain. Aussitôt les premières tentes installées, le Camp a toutefois été déclaré illégal, à la demande du maire de Montréal, Denis Coderre. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a, par la suite, procédé à son démantèlement. Le manège se répétera, les 22 et 23, ce qui n’empêchera pas le FRAPRU d’organiser ou de participer à plusieurs activités au cours de ces deux jours. Le 24, les campeurs et les campeuses mettaient fin à l’activité, en organisant une action symbolique au parc du Mont-Royal. Même s’il n’a pas pu s’installer durablement, le Camp avait atteint ses objectifs, en particulier celui de remettre les problèmes de logement à l’ordre du jour et d’accroître les pressions sur les gouvernements.

La campagne Le logement, un droit s’est poursuivie en 2015-2016, entre autres avec l’organisation d’une semaine d’occupation de terrains et de bâtiments, du 8 au 14 mai 2016. Trois occupations de terrains ont été organisées à  Montréal (dans les quartiers Saint-Henri, Hochelaga-Maisonneuve et Villeray). Deux d’entre elles ont duré deux jours et deux nuits.  À Québec, où des actions ont eu lieu tout au long de la semaine, un édifice vacant à logements du quartier Saint-Sauveur a été squatté durant 24 heures et se serait prolongé si la police municipale n’était pas intervenue. D’autres actions se sont déroulées à Gatineau, Longueuil, Sherbrooke, Rimouski et Trois-Rivières.

L’année 2015-2016 a également permis au FRAPRU d’accroître ses pressions sur les gouvernements fédéral et québécois pour s’assurer que leurs budgets respectifs comprendraient des investissements majeurs en logement social.

Le déclenchement, en plein été 2015, des élections fédérales l’a entre autres obligé à multiplier les actions et les interventions pour s’assurer que les partis aspirant au pouvoir prendraient des engagements importants quant au financement de nouveaux logements sociaux et à la poursuite des subventions à long terme aux logements sociaux existants. Le Parti libéral du Canada de Justin Trudeau a pris le pouvoir au terme d’une interminable campagne électorale. Il avait auparavant pris certains engagements en habitation par le biais de ce qu’il a appelé les « infrastructures sociales » dotées d’un budget de 20 milliards $ en dix ans. Tout cela était  confus, mais suffisant pour relancer les pressions au lendemain des élections. Une manifestation a ainsi été organisée à Ottawa, le 20 novembre, en collaboration avec le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec.

À Québec, c’est autour de la poursuite du financement du programme AccèsLogis  que le FRAPRU s’est mobilisé. Un blitz d’actions a été organisé de janvier à mars 2016. Une manifestation dans les rues de la cossue ville de Westmount a clôturé le tout, le 17 mars.

Le hasard a voulu que cette action coïncide avec la présentation du budget 2016-2017 du gouvernement Couillard. Celui-ci a poursuivi dans la voie tracée en 2015, en ne finançant à nouveau que 1500 logements sociaux dans AccèsLogis. Depuis ce moment, le gouvernement Couillard a lancé une consultation sur « Une nouvelle approche d’intervention en habitation ». L’avenir du d’AccèsLogis se retrouve coeur de celle-ci, d’où la présence des membres du FRAPRU, à l’intérieur comme à l’extérieur des rencontres de consultation organisées dans tout le Québec, à l’été et à l’automne 2016.

Le 22 mars 2016, c’était autour du gouvernement fédéral de Justin Trudeau de faire connaître son premier budget qui comprenait des investissements de 2,3 milliards $ en deux ans en habitation. Il augmentait le financement de l’initiative Investissement dans le logement abordable, comprenait des sommes majeures pour la rénovation des logements sociaux existants, accroissait le budget dédié à la lutte contre l’itinérance et accordait des budgets additionnels pour la construction et la rénovation d’habitations dans les communautés autochtones. Le gouvernement lançait en même temps une consultation en vue de l’adoption d’une Stratégie canadienne sur le logement sur laquelle le FRAPRU a commencé à se mobiliser.

En plus de tout ce travail accompli en 2015-2016, le FRAPRU a organisé plusieurs actions autour de la Marche mondiale des femmes et a participé à la grande manifestation québécoise du 17 octobre 2015, à Trois-Rivières. En février 2016, il était représenté, pour la troisième fois, lors de la comparution du Canada et des provinces (dont le Québec) devant le Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU, réuni à Genève. Le Canada y a été sévèrement critiqué pour sa performance en ce domaine, plusieurs observations et recommandations portant sur la réalisation du droit au logement.

Du 27 au 29 mai 2016, le 36ième congrès du FRAPRU a décidé que la campagne Le logement, un droit allait se continuer pour une troisième année consécutive. Elle comprendra plusieurs activités dont une manifestation à Ottawa, le 13 octobre 2016, des actions régionales ciblant le gouvernement fédéral autour de la Journée canadienne de l’Habitation, le 22 novembre 2016, une action de type blocage visant cette fois le gouvernement québécois, le 19 janvier 2017, ainsi que le déclenchement simultanée, à partir du 22 mai 2017, d’occupations de bâtiments et de terrains vacants.

Du 9 au 13 août 2016, le FRAPRU a travaillé de pair avec le réseau international NO VOX à l’organisation d’une série d’activités sur le droit au logement, à la terre et à la ville, à l’occasion de la tenue à Montréal du Forum social mondial. Une assemblée de convergence, qui s’est déroulée sur deux soirs, les 10 et 11, a réuni, à chaque reprise, une centaine de personnes qui ont décidé d’interventions communes, incluant la tenue d’un mois d’actions à l’échelle internationale, en octobre 2016, et une campagne en faveur des personnes et des familles qui ont dû fuir la ville de Fukushima, au Japon, en raison de l’accident nucléaire de mars 2011, et que le gouvernement japonais veut maintenant obliger à retourner sur les lieux, malgré les risques évidents pour leur santé. Une manifestation a également eu lieu dans le quartier Côte-des-Neiges, le 12 août, en appui à la lutte pour le logement social au Québec et plus particulièrement à celle pour obtenir 2500 logements sociaux sur le site de l’ancien hippodrome Blue Bonnets. Des militants et des militantes du Mali, du Japon, de France, de Grande-Bretagne, du Portugal et des États-Unis ont ainsi pu manifester côte à côte avec quelques centaines de personnes venues de diverses régions au Québec. Un beau moment de solidarité et une inspiration pour une année 2016-2017 qui s’annonce chargée.