Bulletin 130 – Décembre 2014

Le Bulletin 130 de «Toujours au Front» est en ligne

VignetteFRAPRU_130-8Le bulletin numéro 130 du FRAPRU est sorti des presses. Les groupes membres du FRAPRU et les abonné.e.s recevront leurs copies par la poste.

Vous trouverez également tous les articles en ligne. Dans ce numéro: des nouvelles de la campagne Le logement, un droit; du dossier de la fin des subventions fédérales aux logements sociaux existants; des surplus fédéraux annoncés; de la situation du logement des Premières nations qui continue de se dégrader; de l’austérité en habitation; des politiques d’austérité mises en oeuvres par le gouvernement Couillard et des résistances qu’elle engendre; des coupes à l’aide sociale et de la campagne Les droits, ça se défend du RODCD.

Le logement, un droit. Une campagne du FRAPRU

P 1.jFrançois Roy

Lors de son congrès de juin dernier, le FRAPRU a décidé de mener une campagne en 2014-2015, sous le thème « Le logement, un droit ». Cette campagne vise à faire pression sur les deux paliers de gouvernement.

Au provincial, le FRAPRU revendique que le gouvernement Couillard augmente de manière importante ses investissements en habitation, pour permettre le développement de 50 000 nouveaux logements sociaux en cinq ans.

Au fédéral, il exige que le gouvernement assume sa part de responsabilité en habitation, en maintenant ses subventions aux logements sociaux existants, une fois les ententes actuelles de financement terminées, et en contribuant plus adéquatement au développement de nouveaux logements sociaux par les provinces et les territoires.

Plusieurs activités prévues au cours de cette campagne

Le FRAPRU a entamé, à l’automne, une tournée à travers le Québec pour présenter les résultats du Dossier noir sur le logement et la pauvreté. À partir de statistiques issues de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, le Dossier noir dresse un portrait de la réalité des locataires à travers la province. Les chiffres révèlent que 479 750 ménages locataires québécois consacrent plus de 30 % de leur revenu au loyer, ce qui est la limite généralement admise. Il s’agit d’une augmentation de 7 % par rapport à 2006. Parmi ces ménages, 227 835 engloutissent plus de la moitié de leur revenu pour se loger, ce qui les empêche de subvenir adéquatement à leurs autres besoins essentiels. Dans ce cas, l’augmentation a été de 12 % par rapport à 2006. Finalement, les difficultés sont extrêmes pour 108 475 ménages dont 80 % du revenu passe au logement. C’est 25 % de plus que cinq ans plus tôt!

Dans le cadre de la Journée canadienne de l’habitation, le FRAPRU a organisé, le 21 novembre dernier, deux déménagements simultanés de meubles à Ottawa et Saint-Félicien pour interpeler les premiers ministres Stephen Harper et Philippe Couillard. Lits, cuisinières, frigidaires, sofas et autres meubles ont été installés devant les bureaux des premiers ministres afin de leur rappeler que leurs gouvernements ont des responsabilités à l’égard du droit au logement, des responsabilités dont ils s’acquittent très mal.

Au début du printemps 2015, une manifestation nationale aura lieu à Québec. Organisée quelques semaines après les budgets présentés par les gouvernements Harper et Couillard, elle en dénoncera, s’il y a lieu, les orientations et démontrera la nécessité d’investissements substantiels en habitation.

Finalement, le FRAPRU organisera un camp à Montréal à partir du 21 mai 2015 pour attirer l’attention de la population, des médias et des éluEs sur la situation déplorable du droit au logement. Ce camp débutera par une manifestation nationale et visera à défendre le logement social comme un outil incontournable de mise en œuvre du droit au logement, en raison de son caractère sans but lucratif et collectif, lui permettant d’échapper à la logique du profit, qui est le lot du marché privé de l’habitation.

Des capsules video à voir et à faire circuler

Dans le cadre de la campagne « Le logement, un droit », le FRAPRU a aussi lancé une campagne web permettant la diffusion d’une série de douze capsules video, visant à donner un visage aux besoins et aux réussites en matière de logement social.

À toutes les deux semaines, le FRAPRU diffusera une nouvelle capsule, ce qui lui permettra d’aborder diverses facettes de la situation du logement au Québec: coût élevé des loyers, insalubrité, pénurie d’appartements locatifs, reprises de logement, problèmes particuliers vécus par les femmes, les personnes seules, les familles avec enfants, les jeunes, les personnes plus âgées, les Autochtones et les ménages issus de l’immigration. Les capsules montreront également les impacts positifs que le logement social a dans la vie des locataires jusque là en difficulté. La campagne a débuté en novembre 2014 et durera jusqu’à la fin mai 2015.

Nous vous invitons à diffuser ces courtes vidéos dans vos organisations et à relayer cette campagne sur vos sites web, pages facebook et comptes twitter, en partageant les capsules mises en ligne à partir du site du FRAPRU au www.frapru.qc.ca/logementundroit.

Photo: Déménagement symbolique devant les bureaux de Stephen Harper, à Ottawa (photo : François Roy).

 

Fin des subventions fédérales aux logements sociaux existants 2015, une année cruciale

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«Si je n’ai plus la subvention à partir de 2016, mon loyer passera de 500 $ à 745 $ par mois. C’est beaucoup d’angoisse pour les personnes qui vivent la situation et qui ne savent pas ce qui va arriver.

 D’autres personnes de ma coop viennent me voir parce qu’elles vivent aussi de l’angoisse. Et là, on parle d’une seule et même coopérative.» – Stéphanie Michaud, membre de la coopérative Grandir en ville, à Québec

L’année 2015 est cruciale dans le dossier de la fin des subventions à long terme que le gouvernement fédéral continue de verser à 565 850 logements sociaux dont la réalisation a été annoncée avant le 1er janvier 1994. Parmi ces logements, 125 500 sont situés au Québec.

Davantage de logements touchés

Un nombre beaucoup plus grand de logements sera touché en 2015 que ce ne fut le cas au cours des dernières années. À l’échelle du Canada, 25 000 logements ne recevront plus de subventions à long terme de la part du gouvernement fédéral. Au Québec, ce sera notamment le cas de 2032 logements, regroupés dans 88 coopératives d’habitation. Même si les chiffres ne sont pas publics, on peut penser qu’un nombre important de logements gérés par des Organismes sans but lucratif (OSBL) sera aussi affecté à court terme.

La plupart de ces logements ont été réalisés en vertu d’un programme fédéral baptisé Article 95 (autrefois 56,1)[1]. Ce programme permet depuis des décennies aux organismes concernés de recevoir directement des subventions de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Depuis plusieurs années déjà, ces subventions servent exclusivement à accorder une aide supplémentaire aux locataires à plus faible revenu qui demeurent dans une partie des logements. Cette aide leur permet de payer 100 $, 200 $, 300 $, 400 $ de moins par mois que les autres locataires.

La fin des subventions fédérales se répercutera donc directement sur le loyer payé par ces ménages. Les coopératives et les OSBL n’auront plus d’argent à leur redistribuer, de sorte qu’ils devront dorénavant payer le même loyer que les autres locataires. Le coût réel de leur logement pourrait doubler ou tripler. Les logements eux-mêmes seront, du même coup, moins accessibles financièrement pour les ménages à faible revenu qui aspirent à y demeurer.

À terme, 37 500 logements coopératifs et sans but lucratif du Québec auront été affectés par la fin des subventions qu’elles reçoivent directement de la SCHL, dont au moins la moitié entre 2015 et 2020. La grande majorité de ces logements ont été réalisés avec l’Article 95.

Danger en vue

Comme si ce n’était pas suffisant, 88 050 logements sociaux additionnels, ceux-là sous la responsabilité du gouvernement québécois, perdront aussi les subventions reçues d’Ottawa. Il s’agit de tous les HLM, de même que de logements coopératifs, sans but lucratif et même privés qui ont tous en commun de s’adresser exclusivement à des ménages à très faible revenu. Le Québec reçoit présentement 333 millions $ par an d’Ottawa pour ces logements. Cette somme se réduira graduellement, au fur et à mesure de l’extinction des subventions. La facture du gouvernement québécois grossira d’autant. Il cherchera assurément des moyens de la réduire, lorsqu’elle lui apparaîtra trop importante. La hausse des loyers des locataires des logements sociaux pourrait alors être envisagée et même la privatisation d’une partie du parc de logements sociaux.

Dans le cas de ces logements, le danger est cependant moins imminent, l’effet de la fin des subventions fédérales ne devant réellement se faire sentir que vers la fin de la décennie 2010. 

Des élections

L’année 2015 est également cruciale, en raison de la tenue d’élections fédérales. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper, qui s’est montré intraitable dans le dossier des fins des subventions aux logements sociaux existants, pourrait être renversé, ce qu’il ne faut cependant pas prendre pour acquis. Une lueur d’espoir pourrait ainsi se présenter pour la poursuite des subventions fédérales, mais à condition que les partis qui aspirent au pouvoir, le Parti libéral du Canada et le Nouveau parti démocratique, aient pris des engagements clairs en ce sens.

Compte tenu de l’urgence de la situation, c’est le plus rapidement possible que les partis doivent faire connaître leurs engagements. Le Nouveau parti démocratique de Thomas Mulcair a commencé à le faire sur d’autres enjeux, pourquoi n’agirait-il pas de même en habitation? Quant au Parti libéral du Canada, il a été particulièrement silencieux sur ce dossier, depuis l’arrivée de Justin Trudeau à sa tête.

Chose certaine, le FRAPRU, lui, ne restera pas inactif. Tout en continuant ses pressions sur le gouvernement Harper, il entend talonner les autres partis, tant et aussi longtemps que leurs chefs n’auront pas pris des engagements officiels.

 

[1] Il s’agit des numéros correspondant dans la Loi nationale sur l’Habitation.

 

Photo: Renouveler les subventions, c’est devenu une urgence (photo : François Roy).

Besoin urgent de 9433 nouveaux logements chez les Premières nations

P. 3La situation du logement continue à se détériorer chez les Premières nations, au point où 9433 nouveaux logements doivent être construits au cours des cinq prochaines années au Québec et au Labrador. Ce chiffre alarmant provient d’une étude publiée en août 2014 par l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador (APNQL), à partir des travaux du bureau d’urbanistes-conseils Gaston Saint-Pierre et associés. Notons que cette donnée n’inclut pas les besoins dramatiques des Inuits du Nunavik qui ne sont pas considérés comme des Premières nations, au sens de la « Loi sur les Indiens ».

Les données utilisées dans l’étude, intitulée Besoins en logement des Premières nations 2014, proviennent des responsables de l’habitation de chaque communauté. Elles ont été conciliées avec des statistiques officielles du gouvernement fédéral. C’est la quatrième fois depuis 2003 que l’APNQL se livre à un tel exercice.

Selon l’étude, 5032 nouveaux logements, soit 57 % du total, sont nécessaires uniquement pour éliminer le surpeuplement actuel des habitations dans les communautés autochtones. Comme elle le précise, « cela signifie que le besoin provient, en majorité, de membres des Premières nations qui résident actuellement dans les communautés et qui utilisent déjà les services locaux (écoles, centre de santé, installations de production et de distribution d’eau potable »[i].

D’autres facteurs créent aussi le besoin de nouveaux logements, dont la croissance démographique rapide (2742 unités), la migration de personnes vivant en-dehors de leur communauté d’origine (1236), le remplacement de logements désuets (135), de même que la relocalisation et la création de villages (288). Lire la suite »

Lutte contre l’austérité: Attention! Saccage en cours

P. 4 (André Querry)Coupes dans les programmes d’aide à l’emploi pour les personnes vivant avec un handicap ou un problème de santé mentale, suppressions de postes dans les centres de santé partout au Québec et réduction de services essentiels aux personnes malades, compressions records dans les universités et dans les cégeps, diminution des sommes allouées à l’aide aux devoirs et à l’aide alimentaire dans les écoles, coupes dans les programmes d’aide au retour à l’emploi à l’aide sociale, compressions dans la protection de la faune, fin du financement de l’entretien de la route verte, etc. Tous les jours, la lecture des nouvelles nous montre les impacts dramatiques des politiques d’austérité adoptées par le gouvernement libéral de Philippe Couillard.

Toutes ces mesures résultent du premier budget présenté en juin 2014 par le ministre des Finances, Carlos Leitão. Or, celui-ci en suivait d’autres, libéraux ou péquistes, eux aussi axés sur l’austérité. Il ne pouvait que mener au saccage actuel, avec comme conséquences, la réduction de la qualité et de l’accessibilité aux services publics et un dangereux glissement vers la privatisation.

Tarification = inégalités

Pendant ce temps, la « révolution tarifaire », initiée par le gouvernement Charest en 2010, s’est poursuivie. Les gouvernements successifs ont choisi de hausser les tarifs en invoquant la supposée urgence d’atteindre l’équilibre budgétaire. À la hausse du tarif patrimonial d’Hydro-Québec, à l’instauration et au maintien d’une taxe santé, à la hausse des frais de scolarité et aux augmentations de la Taxe de vente du Québec (TVQ), s’ajouteront sous peu de nouvelles hausses aux tarifs des CPE et des services de garde. De façon insidieuse, le gouvernement instaure le principe d’utilisateur-payeur comme façon de financer les services.

Toutes ces mesures de fiscalité régressives ont un poids démesuré sur le budget des personnes à faible revenu et appauvrissent la classe moyenne. Le nombre record de débranchements effectués par Hydro-Québec cette année témoigne bien de leurs conséquences.

Objectif: transformer notre société

Les mesures d’austérité déjà annoncées sont d’une telle iniquité qu’on croirait que le fond du panier a été atteint. C’est loin d’être le cas. Dans son budget, le ministre Leitão annonçait que, pour atteindre l’équilibre budgétaire dès 2015-2016, il devait aller chercher 3,2 milliards $ de plus. Pour trouver où couper, il a mis sur pied une Commission de révision permanente des programmes, dont les membres, grassement payés, partagent une idéologie de droite. Les premières recommandations de cette commission, rendues publiques à la fin novembre, ne trompent pas : elles justifient les prochaines mesures drastiques du gouvernement. Pendant ce temps, la Commission d’examen de la fiscalité québécoise, qui mène des travaux parallèles, a un mandat à court terme plutôt ridicule dans les circonstances : trouver 650 millions $, en revoyant les dépenses fiscales.

Les efforts, pour revenir à l’équilibre budgétaire, seront presque essentiellement concentrés sur les dépenses publiques du gouvernement. Or, c’est la baisse de ses revenus qui explique en bonne partie la situation déficitaire des finances publiques. Depuis la fin des années 1990, les cadeaux fiscaux et les baisses d’impôt, qui ont surtout bénéficié aux contribuables les plus fortunés et aux entreprises, nous ont privés d’au moins 5 milliards $ par année. 

Pourtant, le gouvernement du Québec refuse de considérer des alternatives fiscales pour aller chercher des revenus supplémentaires. Ce refus de faire contribuer les plus riches démontre bien le véritable projet derrière ses politiques d’austérité : transformer l’État et accélérer la mise en œuvre des politiques néolibérales. Il ne s’y prendrait pas mieux pour réduire le rôle de l’État dans l’économie et dans la société et pour laisser plus de place aux entreprises privées, qui, elles, sont à la recherche de nouvelles sources de profits. Pour y arriver, il tente d’éliminer ce qui nuit… et d’évidence notre filet social en fait partie.

Cela fait déjà plusieurs années que les gouvernements successifs ont pris ce virage: en 1996, sous prétexte de déficit zéro, en 2003, de réingénierie et en 2012, de « révolution culturelle ». Les résultats ont été désastreux. Tout ce qu’ils ont réussi à faire a été de réduire les marges de manœuvre de l’État, de telle sorte que Québec ne fait plus face à ses obligations, notamment en matière de respect des droits humains. La classe moyenne, les femmes, les personnes en situation de pauvreté, les étudiantes et les étudiants, les personnes âgées, paient le prix fort de ces mesures, pendant que les riches s’enrichissent.

 

Photo: La grande manifestation du 31 octobre dans les rues de Montréal (photo : André Querry).

La lutte s’intensifie pour la justice fiscale et sociale

P. 5 (AndréQuerry)Les attaques sans précédent contre les programmes sociaux et les services publics sont en train d’engendrer une mobilisation contre les politiques néolibérales qui pourrait être historique. À l’heure où le Québec multiplie les manifestations contre l’austérité, de plus en plus de voix s’élèvent pour dire qu’avant de couper, il faut aller chercher l’argent là où il se trouve.

Dès la rentrée, la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics a lancé la lutte autour d’une grande demande : 10 milliards $ de solutions fiscales mettant davantage à contribution les plus fortunés et les grandes entreprises, 10 milliards $ qui permettraient, non seulement d’éviter les coupes, mais aussi de mieux financer les services publics et les programmes sociaux. Des centaines de documents ont été distribués, des formations et des présentations publiques ont été faites dans différents milieux. Le discours en faveur d’une nécessaire redistribution de la richesse a enfin commencé à se propager.

Des exemples de solutions

 Pour augmenter les revenus, la Coalition propose notamment d’augmenter la contribution des entreprises, dont l’effort fiscal ne cesse de diminuer. Cela passe par l’augmentation de leur taux d’imposition, par une révision des privilèges fiscaux dont elles bénéficient et par un grand ménage dans les subventions que l’État leur accorde et qui nous privent collectivement de millions de dollars à chaque année.

La Coalition propose aussi de revenir à une plus grande progressivité de l’impôt sur le revenu des particuliers. Alors qu’en 1988, le Québec avait 16 différents paliers d’imposition selon les revenus, il n’en reste aujourd’hui que 4. Au fil des ans, le premier palier d’impôt a augmenté, tandis que le dernier a diminué. Une réelle équité fiscale passe donc par l’augmentation du nombre de paliers d’imposition. Celle-ci permettrait d’aller chercher jusqu’à 1 milliard $ de plus par année, sans que les gens à revenu modeste et la classe moyenne ne soient pénalisés.

Une autre proposition, chère au FRAPRU, est de rétablir la taxe sur le capital, abolie totalement en 2011, dans le cas des banques et des entreprises financières qui alignent année après année des profits record. À elle seule, cette mesure permettrait d’aller chercher les 600 millions $ manquants à chaque année pour financer 50 000 logements sociaux en cinq ans.

Et ce ne sont là que quelques exemples des 18 solutions proposées pour arriver à l’objectif de 10 milliards $.

De fortes mobilisations

En plus de mobilisations tenues dans presque toutes les villes, à l’initiative de groupes locaux, pour accueillir les forums citoyens sur la fiscalité, la Coalition a organisé un rassemblement à l’occasion de la première journée de consultations publiques de la Commission présidée par l’économiste et fiscaliste, Luc Godbout. À Québec, la Coalition pour la justice sociale a fait de même, à chacun des trois jours de consultations.

Quelques jours plus tard, la manifestation nationale du 31 octobre contre les politiques d’austérité et pour la redistribution de la richesse a réuni des dizaines de milliers de personnes à Montréal et des centaines d’autres à Sherbrooke, Rimouski, Jonquière, Baie-Comeau, Gatineau, La Tuque et les Îles-de-la-Madeleine. À cette occasion, 80 000 étudiantes et étudiants avaient voté la grève.

Le collectif Refusons l’austérité, formé par les centrales syndicales et appuyé par plusieurs groupes dont le FRAPRU, a pour sa part continué de marteler le message jusqu’au 29 novembre, avec une campagne dans les médias sociaux, vidéos et vignettes web à l’appui, pour dénoncer l’austérité et soulever diverses propositions fiscales.

Au moment d’écrire ces lignes, les groupes sociaux sont portés par le succès des manifestations simultanées du 29 novembre à Montréal et à Québec, qui, avec une participation totale de 125 000 personnes, ont été sans précédent depuis le printemps 2012.

Il semble cependant que cela n’ait pas suffi à ébranler le gouvernement Couillard et ses ministres économiques. La lutte devra se poursuivre et s’intensifier. Le prochain moment de mobilisation connu est la semaine d’actions appelée par la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics, du 23 au 27 février 2015. Les groupes sont invités à organiser diverses actions dérangeantes. L’appel a également été lancé à tous les réseaux mobilisés contre l’austérité. Le FRAPRU en sera. Non seulement l’hiver, mais le printemps 2015, risquent d’être occupés. Les groupes sociaux sont notamment appelés à se positionner sur une grève sociale, le 1er mai. Les membres du FRAPRU ont voté de se joindre à ce mouvement. À suivre !

Photo : André Querry

Coupes à l’aide sociale : des attaques de partout!

En octobre dernier, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a annoncé des coupes administratives à l’aide sociale. Elles étaient, à son avis, « nécessaires » pour assainir les dépenses publiques et respecter la cible de réduction du déficit de 1,75 milliard $ fixée pour 2014-2015.

Le gouvernement Couillard a annoncé des coupures s’attaquant aux plus démunis des démunis. Il a choisi de ne pas renouveler les contrats d’intégration au travail pour les personnes handicapées, de geler les suppléments pour le retour au travail et de couper le Programme d’aide et d’accompagnement social (PAAS) Action qui s’adressait aux personnes éloignées du marché du travail vivant avec différents problèmes de santé physique et mentale.

D’autres mesures de soutien au retour à l’emploi seraient aussi visées. Le gouvernement envisage de mettre fin aux programmes pour aider les jeunes, dont le programme Alternative Jeunesse visant à soutenir les moins de 25 ans dans leurs démarches d’intégration en emploi, ainsi que d’abolir certains Centres locaux d’emploi.

De plus, les médias ont alors rapporté que Blais et le premier ministre Couillard envisageaient de couper 211 millions $ additionnels dans l’aide sociale et les mesures de soutien à l’emploi. Bien qu’il ne s’agisse, pour l’instant, que d’une « hypothèse », envisager ce scénario est une honte! Trois mesures qui s’attaquent aux prestations sont discutées pour réduire les dépenses: des restrictions plus sévères sur le temps de séjour permis à l’extérieur du pays; un resserrement des règles sur le partage du logement; et la prise en compte, de nouveau, de la valeur de la résidence dans le calcul de la prestation.

Au tour de Stephen Harper

Bien que l’aide sociale soit une compétence provinciale, les attaques fusent aussi de la part du gouvernement Harper.

Une proposition d’un député conservateur qui a été ajoutée au Projet de loi budgétaire (C-43), déposé le 23 octobre dernier, viendrait restreindre l’accès à l’aide sociale pour les réfugiéEs nouvellement arrivéEs au pays. Les articles 172 et 173 de ce projet de loi modifieraient la Loi sur les arrangements fiscaux entre le gouvernement fédéral et les provinces et ouvriraient la porte à ce que les provinces pénalisent les demandeurs d’asile et les personnes en attente d’un statut permanent.

En ce moment, la loi sur les transferts interdit aux gouvernements provinciaux d’imposer un temps minimum de résidence comme condition d’admissibilité à l’aide sociale. Les articles 172 et 173 créeraient des nouvelles catégories de prestataires et pourraient priver les réfugiéEs en attente de la résidence permanente ou de la citoyenneté d’un revenu de dernier recours.

Ce changement pourrait avoir des conséquences graves sur les demandeurs d’asile, qui vivent souvent déjà dans la précarité après avoir été obligés de fuir la persécution dans leur pays d’origine. Faisant face à plusieurs obstacles pour se trouver un emploi, ces réfugiéEs pourraient se retrouver sans revenu pendant plusieurs mois.

Parce que «Les droits, ça se défend!»

P. 7 (Réal Michaud)Les organismes de défense collective des droits réclament 40 millions $ de plus pour financer leur mission de base et ce, dès le prochain budget du gouvernement québécois. Cela représente une augmentation de 235 % des sommes qu’ils reçoivent actuellement du Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales (SACAIS). Pour soutenir leur revendication, des actions ont lieu en décembre et d’autres sont à prévoir à l’hiver 2015.

Au Québec, on compte quelque 325 organismes locaux, régionaux et nationaux qui ont comme principale mission la défense collective des droits et qui sont financés via le SACAIS. Le FRAPRU et la plupart de ses membres participants en font partie. Une trentaine d’autres sont en attente de financement, parfois depuis plusieurs années.

Les subventions que le SACAIS verse aux groupes n’ont pas été indexées depuis la mise sur pied du programme « Promotion des droits », il y a maintenant une douzaine d’années. Au mieux, elles ont été légèrement rehaussées pour les groupes les plus pauvres.

Pour boucler leur budget et poursuivre leur lutte, plusieurs groupes font donc aussi appel aux fondations privées et aux communautés religieuses. Ils contestent cependant devoir recourir ainsi à la charité publique. Ils doivent aussi faire appel aux programmes gouvernementaux de création d’emplois, sous-payés et temporaires, souvent considérés comme des portes tournantes de l’aide sociale. Dans ce contexte, les groupes parviennent difficilement à garder leur personnel et à développer ses compétences.

Aujourd’hui, le Regroupement des organismes de défense collective des droits (RODCD) estime que les subventions du SACAIS ne représente que le tiers de ce dont leurs membres ont besoin pour accomplir leur mission.

Parce que « Les droits, ça se défend! », surtout en temps d’austérité et de coupures dans les programmes et les services sociaux, le RODCD a organisé des actions au début décembre, en prévision du budget 2015-2016 du gouvernement Couillard. Elle a commencé par un rassemblement-tintamarre à Montréal, devant le bureau du ministre des Finances, Carlos Leitao.

Le RODCD poursuivra sa campagne à l’hiver et au printemps 2015. Des actions dérangeantes sont à prévoir.

Photo: Dans les rues de Trois-Rivières, le 6 novembre dernier, au moment de la Rencontre nationale des groupes de défense collective des droits (photo : Réal Michaud).

L’austérité n’épargne pas l’habitation

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Le budget 2014-2015 du ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, prévoyait des investissements de 250 millions $ pour la réalisation de 3000 logements sociaux dans le cadre du programme AccèsLogis, dont 500 réservés à des personnes itinérantes. Est-ce à dire que l’habitation a été épargnée par les mesures d’austérité annoncées à cette occasion? Ce n’est malheureusement pas le cas.

Ainsi, le Budget des dépenses, présenté par le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, réduisait de 28 millions $ les sommes consacrées à « l’aide à l’amélioration de l’habitat ». On connaît aujourd’hui les effets concrets de cette annonce. Aucun financement n’est prévu en 2014-2015 pour les programmes RénoVillage et Réparations d’urgence qui s’adressent tous deux à des propriétaires occupants à très faible revenu demeurant en milieu rural. Il en est de même de Rénovation Québec qui, pour sa part, subventionne les rénovations majeures faites par des propriétaires de logements locatifs en milieu urbain. Des villes, dont Montréal, utilisaient jusqu’ici une partie importante de ces sommes pour bonifier leur contribution à la réalisation de logements sociaux dans le cadre d’AccèsLogis. Enfin, le programme Logements adaptés pour aînés autonomes, déjà suspendu en 2013-2014, reste sur la glace pour au moins une autre année.

Le pire pourrait être à venir Lire la suite »

Les surplus fédéraux : sitôt arrivés, sitôt dilapidés

P. 8 verso  (André Querry)Le ministre des Finances, Joe Oliver, n’avait même pas encore eu le temps de confirmer que le gouvernement fédéral est bel et bien entré dans une nouvelle ère de surplus budgétaires que Stephen Harper commençait déjà à les dilapider au profit des mieux nantis.

Le 29 octobre, le premier ministre du Canada annonçait l’instauration d’un nouveau crédit d’impôt permettant aux couples avec enfants de fractionner leurs revenus. Cette mesure permettra à la personne ayant le plus haut revenu au sein d’un couple d’en « refiler » jusqu’à 50 000 $ aux fins de l’impôt à celle qui en a un plus bas. Cette mesure, déjà en vigueur pour les couples retraités, permettra à la famille d’économiser jusqu’à 2000 $ d’impôt sur le revenu. Un tel privilège fiscal, présenté comme une mesure d’aide aux familles, ne profitera en rien à celles à revenu faible ou modeste, de même qu’aux familles monoparentales. De plus, des groupes féministes la considèrent comme un moyen additionnel de convaincre les femmes, qui ont habituellement les plus bas revenus, de rester au foyer.

Son instauration devrait priver le gouvernement fédéral de 2,4 milliards $ en 2014-2015 (elle est rétroactive) et de 1,9 milliard $ en 2015-2016. Toutes ces sommes n’auraient-elles pas été plus utiles, si elles avaient été investies dans la lutte contre les problèmes de logement et d’itinérance ou si elles avaient servi à bonifier les transferts aux provinces pour la santé et les programmes sociaux?

 

Photo: Partager la richesse ? Stephen Harper fait le contraire (photo : André Querry).