Montréal, le 16 février 2026 – Près de 100 jours après la nomination de Soraya Martinez les groupes montréalais du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) sont inquiets du peu d’attention accordé au logement social par la nouvelle administration. Ils se sont rassemblés devant l’hôtel de ville de Montréal. Sous le thème « au cœur de nos quartiers : le logement social », quelques jours après la Saint-Valentin,ils souhaitent rappeler à la nouvelle administration que les logements à vocation sociale sont nécessaires pour préserver le tissu social des communautés et loger convenablement les locataires montréalais·es. Ils poseront également des questions lors de la séance du conseil municipal pour interpeller l’administration sur ses intentions en matière de logement social.
À Montréal, la situation ne fait que s’aggraver, malgré une légère augmentation de l’offre. Les logements abordables restent très rares : le taux de logements vacants dans la gamme de loyers les plus bas est de 0,8 %, contre 4,5 % dans la gamme la plus élevée. Selon le dernier Rapport sur le marché locatif de la Société Canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le loyer moyen sur l’Île de Montréal a atteint 1 283 $ par mois, soit une hausse de près de 12% en seulement un an. Elle a été encore plus importante dans certains secteurs comme à Rivière-Des-Prairies/Pointe-aux-Trembles, où elle a été de 43,5% et à Montréal-Nord où elle a été de 27,8%. Les logements disponibles à la location se louent en moyenne 1 573 $ par mois, hors de la portée de trop nombreux locataires. Sans un nombre suffisant de logements sociaux correspondant à leur capacité de payer, ces ménages risquent de se retrouver à la rue au moindre imprévu. « Il faut travailler à prévenir l’itinérance et ça passe par le logement social », explique Catherine Lussier, coordonnatrice et coresponsable des dossiers montréalais au FRAPRU.
Des solutions négligées
Le FRAPRU rappelle que Montréal dispose d’outils pour favoriser la réalisation du logement social. Leur impact dépend toutefois de leur utilisation pour soutenir des projets ancrés dans les communautés, comme ceux portés par les comités logement et les associations de locataires. Ces derniers, jouent un rôle central pour assurer que les logements construits répondent réellement aux besoins des locataires à faible et modeste revenus. Selon le regroupement, les ressources publiques ne doivent pas être détournées vers des logements dits « hors marché » ou « abordables », dont les loyers peuvent être beaucoup plus élevés sans garantie de pérennité, ni de contrôle démocratique. Ils insistent pour que l’ensemble des investissements publics (terrains, immeubles et autres) soit prioritairement dirigé vers le logement social.
Pourtant, le sort réservé par la nouvelle administration aux terrains et bâtiments détenus et acquis par Montréal inquiète le FRAPRU et ses groupes membres montréalais. « Les intentions de l’administration ne sont toujours pas claires, surtout lorsqu’il est question de l’ouverture aux secteur privé. « Ces sites ont été acquis pour du logement social. Les vendre, même partiellement, au privé serait inacceptable alors que des milliers de locataires ne réussissent pas à se loger décemment. Le privé n’est pas là pour répondre aux besoins, mais faire du profit », s’insurge madame Lussier.
Retrait du Règlement pour une métropole mixte
Le retrait du Règlement pour une métropole mixte (RMM) constitue une perte importante, malgré des améliorations requises. Il a permis le développement de plus de mille unités de logement social. Le FRAPRU rappelle que les incitatifs financiers offerts en remplacement ne garantiront pas la réalisation de logement social sur site. Les aides à la personne ne peuvent pas non plus remplacer l’effet structurant du logement social met-elle en garde. « Le règlement est un outil précieux et accompagne une vision ou tous les développements doivent contribuer à ce que tous et toutes puisse se loger décemment », indique Catherine Lussier « La ville doit également aller plus loin en se dotant d’objectifs chiffrés de réalisation de logement social pour répondre aux besoins des locataires les plus précaires », termine-t-elle.
Des demandes claires pour la Ville de Montréal
Le FRAPRU et les groupes membres montréalais demande que la Ville :
- Maintienne et renforce un règlement d’inclusion pour garantir le développement de logements sociaux dans les développements immobiliers privés;
- Applique une surtaxe sur les immeubles vacants pour freiner la spéculation;
- Réserve les terrains publics exclusivement au logement social et en priorité pour des projets portés par les communautés;
- Maintienne la pression auprès du gouvernement provincial et fédéral afin d’obtenir les fonds nécessaires au développement du logement social à Montréal.
Le FRAPRU multiplie en parallèle les interventions pour presser le gouvernement québécois d’investir dans le financement de nouveaux logements sociaux dans son prochain budget. Le FRAPRU a présenté plus tôt aujourd’hui son mémoire pré-budgétaire au ministère des Finances. Il recommande notamment le financement d’au moins 10 000 logements sociaux pour la prochaine année. Selon le regroupement pour le droit au logement, la contribution gouvernementale doit être suffisante pour que ces logements soient réellement accessibles financièrement pour les locataires et les personnes en situation d’itinérance, avec des loyers significativement moins chers que le loyer médian du marché.
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Informations :
Catherine Lussier, FRAPRU : 514‑231‑2309 (cell.)