Lavaltrie, le 26 février 2026 – À l’approche de la Journée internationale des droits des femmes, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) a tenu ce matin une action féministe intersectionnelle usolidaire, réunissant une centaine de personnes devant les bureaux de circonscription de la ministre de l’Habitation et de la Condition féminine, Caroline Proulx, à Lavaltrie. Le regroupement rappelle que la crise du logement cher accentue les inégalités et demande que le logement social devienne une priorité gouvernementale. Cette mobilisation s’inscrit dans l’esprit du thème de la journée du 8 mars: Générations deboutte!, soit celui d’un féminisme debout, solidaire et déterminé à refuser les reculs.
Une crise qui creuse les inégalités
Au Québec, déjà en 2021, plus de 206 000 femmes locataires consacraient une part excessive de leur revenu au logement[1]. Les personnes issues de la diversité sexuelle et de genre étaient également particulièrement affectées par le mal logement, cumulant plus souvent pauvreté et discrimination[2].
« Et les loyers ont bondi de 41 % depuis 2021, bien plus vite que les revenus de la majorité des locataires : le mal logement s’enracine au Québec. Une large part de personnes déjà vulnérables il y a 5 ans n’ont plus de marge de manœuvre aujourd’hui et la précarité locative s’étend. Sans mesures structurantes mises en place rapidement, les inégalités vont devenir insoutenables », souligne Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU.
La sécurité compromise
Selon le regroupement, la crise du logement cher a aussi une incidence sur la sécurité des femmes ainsi que des personnes 2ELGBTQI+ davantage exposées aux violences, notamment conjugales[3]. « La capacité de quitter un conjoint violent dépend souvent directement de l’accès à un logement correspondant à sa capacité de payer et à ses besoins. Sans quoi, les personnes voient leur séjour en maison d’hébergement s’allonger (quand elles y ont accès), se retrouvent contraintes de retourner dans un milieu violent, de vivre dans un logement inadéquat, voire carrément de l’itinérance. Le rythme alarmant de féminicides depuis le début de l’année rappelle l’urgence d’agir », s’inquiète la porte-parole.
Le logement social : une mesure féministe, inclusive et protectrice

Pour le FRAPRU, le logement social assure une réponse durable aux besoins, aux enjeux de précarité et de sécurité. Financé publiquement et soustrait à la logique du profit, il offre des loyers répondant à la capacité de payer, une stabilité résidentielle et des milieux de vie adaptés aux réalités des locataires, y compris pour les personnes fuyant la violence. « Les femmes sont d’ailleurs largement majoritaires parmi les locataires des différents types de logements sociaux au Québec, et celles victimes de violence conjugale sont prioritaires pour l’attribution d’un HLM », rappelle Véronique Laflamme.
Faire plus avec moins : une logique qui oublie les besoins
Dans un contexte où les compressions et les choix budgétaires du gouvernement québécois affaiblissent le filet social, le FRAPRU déplore qu’« en faire plus avec moins » devienne un slogan qui se traduit par des choix politiques déconnectés des besoins: abandon progressif du logement social, compromis sur l’abordabilité réelle, et déplacement de la responsabilité publique vers des acteurs privés. « Aussi, en misant sur des solutions qui reposent davantage sur le privé et sur des montages financiers complexes, les garanties sont souvent plus faibles pour les personnes discriminées, celles qui cumulent les vulnérabilités et celles dont la capacité de payer est la plus limitée », dénonce la porte-parole.
Une ministre interpellée
Le FRAPRU regrette également que la ministre Proulx ne l’ait toujours pas rencontré, malgré la gravité de la crise et ses impacts sur les locataires. « C’est à se demander au service de qui est la ministre? », questionne Véronique Laflamme qui rappelle que les premières personnes concernées ont droit d’être entendues. Afin de lui de lui faire prendre la mesure de la situation, l’action a pris la forme d’une grande corde à linge installée devant ses bureaux. Des objets et créations représentant les besoins essentiels sacrifiés au logement trop cher y ont été accrochés. « On lui demande de changer de cap. Le droit au logement doit devenir une priorité : il ne peut être relégué au second plan au nom de l’ingénierie financière. Pour ça, ça prend du logement réellement social et des programmes qui fonctionnent », conclut Véronique Laflamme.
Investir dans le logement social : un choix de société
Le FRAPRU demande au gouvernement du Québec d’assurer dès son prochain budget un financement stable permettant la construction d’au moins 10 000 logements sociaux par année pendant 15 ans via des programmes dédiés, afin de répondre aux besoins urgents, garantir des loyers réellement accessibles et constituer un patrimoine collectif durable de logements protégés de la spéculation.
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Informations et demandes d’entrevue :
Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU : 418 956-3403 (cell.)
Céline Magontier, responsable des dossiers féministes au FRAPRU : 514 850-1431 (cell.)
[1] Dossier noir logement et pauvreté, FRAPRU, édition 2023 (à partir des sonnées du dernier recensement de Statistiques Canada)
[2] Portrait sociodémographique de la diversité sexuelle et de genre, Institut de la statistique du Québec, édition 2025
[3] Faits, statistiques et incidence de FEGC : Violence fondée sur le sexe, Gouvernement du Canada, dernière modification, septembre 2025