1er juillet : la preuve que construire ne suffit pas, selon le FRAPRU

Montréal, le 3 juillet 2026 – Alors que la cherté des logements locatifs se généralise à travers la province, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) dresse un bilan préoccupant de la situation aux lendemains du 1er juillet. Selon la plus récente compilation effectuée par la Société d’habitation du Québec (SHQ), 2039 ménages locataires étaient accompagnés activement par un des quelques 45 services d’aide à la recherche de logement (SARL), dont plusieurs se retrouvent sans bail. Parmi les ménages locataires activement accompagnés, 476 étaient officiellement déclarés en hébergement temporaire, organisés par une municipalité ou chez des proches. Le FRAPRU s’attend à ce que ce nombre augmente dans les prochains jours.

Le FRAPRU note que l’accompagnement continue de s’étirer dans le temps. 13 % des 2814 locataires suivis par un SARL le sont depuis 2025 et n’ont toujours pas stabilisé leur situation.

Ces chiffres sont plus élevés à l’échelle de la province qu’à pareille date l’an dernier (1899 ménages locataires étaient accompagnés activement le 3 juillet 2025) ce qui confirme que la situation de nombreux·ses locataires continue de se détériorer. Cela, malgré une nouvelle hausse du taux d’inoccupation dans la province et l’augmentation des mises en chantier de logements locatifs qui s’est poursuivie dans plusieurs municipalités. La politique de l’offre a échoué jusqu’ici : même lorsque des logements sont disponibles, leur prix élevé empêche des milliers de locataires de se reloger dans un temps et des conditions acceptables.

Étant donné la gravité de la crise, le FRAPRU souligne l’importance du réseau de SARL gérés par les offices d’habitation qui continue de prendre de l’ampleur et qui fait une différence. Selon lui, il faut pérenniser ce réseau, maintenant financé majoritairement par le gouvernement du Québec. Le regroupement de défense du droit au logement déplore tout de même que les mesures d’aide soient insuffisantes à plusieurs endroits et demeurent inaccessibles pour bon nombre de locataires à risque de glisser dans l’itinérance.

Le FRAPRU insiste sur le fait que les chiffres sur le nombre de ménages locataires en recherche de logement accompagnés par un service d’aide ne représentent qu’une infime partie du nombre de ménages locataires qui se retrouvent sans bail ou qui sont dans des situations de mal logement. Plusieurs locataires doivent absorber des hausses de loyers insoutenables, faute d’alternatives, d’autres ont signé par dépit un bail pour un loyer trop cher ou inadéquat. Autrement dit, la signature d’un bail n’est pas nécessairement une résolution de leur enjeu de logement. Cette inabordabilité du logement pour des dizaines de milliers de familles et de personnes locataires a un coût social et économique majeur, rappelle le FRAPRU citant l’enquête La facture collective de la crise du logement au Québec menée par l’Observatoire québécois des inégalités.

Dans les derniers mois, un consensus semble se dessiner sur le fait que la crise en est une d’inabordabilité. Cela a mené à la création de la Coalition contre le logement cher qui a tenu ses premières mobilisations le 1er juillet. Les plus récentes données sur le marché locatif sont d’ailleurs très claires sur le fait que les logements disponibles sont les plus chers. Le FRAPRU identifie la cherté des logements neufs construits par le marché privé et l’insuffisance de la construction de logements sociaux comme premiers responsables de l’explosion des loyers. Il rappelle également que l’insuffisance de mesures pour freiner la hausse des loyers notamment aux changements de locataires contribue à l’effritement du parc encore abordable. Selon le regroupement de défense du droit au logement, ce n’est pas le temps d’alléger les mesures temporaires mises en place comme le moratoire sur certains types d’éviction.

« Si on veut avoir une chance de tirer les prix vers le bas et de répondre aux besoins mal répondus par le marché privé, on ne peut pas penser que juste construire va régler le problème. Il faut s’assurer qu’un bon nombre de logements construits sont réellement moins chers que le loyer médian du marché qui a lui-même explosé », commente Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU. Pour y arriver, ça prend une réelle planification du développement sur plusieurs années du logement social et communautaire, insiste-t-elle.

À court terme, le FRAPRU ne se fait pas d’illusion sur les chances que des mesures structurantes soient mises en place avant les élections. Il presse tout de même le gouvernement Fréchette de lancer enfin un appel de projets pour la réalisation des seuls 1000 nouveaux logements sociaux et “abordables” destinés aux locataires à faible et modeste revenus prévus dans le budget. Il n’y a pas eu d’appel de projets dans le volet 1 du Programme d’habitation abordable depuis juin 2023, déplore le FRAPRU qui a dénoncé dans les derniers mois le régime à plusieurs vitesses qui s’est installé dans l’octroi des fonds publics destinés au logement. Le FRAPRU demande également à Québec de cesser d’utiliser les fonds publics encore disponibles pour financer des logements qualifiés de «abordables intermédiaires» introduits dans les programmes il y a à peine un an. «Au nom de l’austérité, le gouvernement prétend faire plus avec moins en, en construisant des logements chers qui ne répondent pas aux besoins et qui risquent d’aggraver la situation », déplore Véronique Laflamme.

Dans l’ensemble, le FRAPRU dresse un bilan critique des années caquistes en matière d’habitation. Son constat est sans appel : plutôt que de s’attaquer de front à la crise du logement, le gouvernement de François Legault s’en est servi pour justifier une transformation profonde des politiques publiques, au détriment du logement social. Le FRAPRU insiste sur le fait que les nouvelles appellations comme le logement qualifié d’abordable ou le logement hors-marché n’offrent pas les mêmes garanties d’accessibilités financière pour les locataires à faible  et modeste revenus que le logement social. Le gouvernement a sciemment choisi d’ignorer la détérioration de la situation des locataires, déplore le FRAPRU qui l’a pourtant alerté dès 2018 en mettant de l’avant plusieurs pistes d’action.

Pour la suite, le FRAPRU surveille la campagne électorale. Il cherchera à convaincre les partis souhaitant former le prochain gouvernement à prendre des engagements ambitieux, dont :

  • Le financement pluriannuel d’au moins 10 000 logements sociaux (logements publics de type HLM, coopératives et OSBL d’habitation) par année, dans l’objectif d’en doubler le nombre d’ici 15 ans. Que ce financement garantisse des loyers réellement accessibles financièrement.
  • Des programmes gouvernementaux complets, pérennes et dédiés au logement social, incluant un programme de logements publics de type HLM et un programme d’acquisition d’immeubles existants.
  • La reconnaissance formelle du droit à un logement suffisant dans la Charte des droits et libertés et l’adoption d’une politique globale en habitation basée sur la reconnaissance de ce droit. Plusieurs coalitions dont la Coalition contre le logement cher (COLOC) et le Collectif québécois de prévention de l’itinérance portent aussi cette demande. La Ligue des droits et libertés y consacre un nouvel outil.
  • La mise en place d’un contrôle universel des loyers, incluant un registre des loyers gouvernemental, comme demandé par la COLOC et le RCLALQ. Un tel registre permettrait notamment de sévir contre les logements laissés volontairement vacants.

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Pour information et demandes d’entrevues :
 
Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU

514 522-1010 (bureau), 418 956-3403 (cell.)