Déclaration conjointe de la Coalition contre le logement cher 

Bonjour, 

nous sommes ici pour annoncer la formation d’une coalition large sur le logement coordonnée par le RCLALQ et le FRAPRU. Aujourd’hui, des organisations de partout au Québec syndicats, groupes communautaires, associations de locataires parlent d’une seule voix. 

Ensemble, nous formons la COLOC, la Coalition contre le logement cher. 

Ensemble, nous sommons le gouvernement du Québec actuel et tous ceux qui prétendent aux élections, d’agir pour un réel contrôle des loyers, un chantier ambitieux de logements sociaux, et l’inscription du droit au logement dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne. Ces mesures ne sont pas des demandes. Elles sont des conditions minimales pour assurer le droit au logement et une vie décente pour toutes et tous, comme le Québec s’y est engagé en adhérant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU. Ces mesures nous permettront de travailler sur les causes de la crise du logement et de l’appauvrissement des locataires.  

Le loyer  moyen a augmenté de 30% en trois ans au Québec. Les reprises de logements de mauvaise foi se multiplient. Les listes d’attente pour un HLM s’allongent à plusieurs endroits. Pendant que des dizaines de milliers de ménages s’appauvrissent, se déracinent, se précarisent, basculent vers l’itinérance, le gouvernement québécois finance dorénavant  du logement cher avec les maigres ressources publiques qui devraient être réservées à du logement social réellement accessibles pour les locataires à faible et modeste revenus et n’offre pas les protections minimales aux locataires. Il ne s’attaque pas au problème urgent de l’inabordabilité en faisant miroiter une abordabilité hypothétique dans 15-20 ans. La crise du logement a des causes bien connues et identifiées par les organisations en défense du droit des locataires depuis des années. Tout était prévisible. Le gouvernement a préféré la stratégie du choc : profiter de la crise pour accélérer des solutions néolibérales. Depuis longtemps pourtant nous le répétons, il faut à la fois encadrer le marché privé et réaliser massivement du logement social.Ce constat est partagé par nos alliés à qui je cède la parole pour vous lire une déclaration conjointe: 

La crise du logement a assez duré. Nous sommes ici parce que les locataires du Québec – et ceux qui cherchent à se loger – n’ont plus le temps d’attendre des demi-mesures.  Les gouvernements successifs des 30 dernières années ont brillé par leur inaction. Plus récemment, le gouvernement actuel a préféré la stratégie du bouc émissaire. Accusant l’immigration pour expliquer la crise, réduisant celle-ci à une question d’offre. Non seulement, ceci a accéléré et cristallisé la multiplication des discours anti-immigration et xénophobes, mais cela a servi de distraction et de justification pour une politique de l’offre aveugle aux besoins réels. La causalité entre le nombre d’immigrants  et le taux d’inoccupation pour un lieu donné n’est tout simplement pas vraie, ne repose sur aucune preuve. De plus, les personnes immigrantes et à statut précaire sont avant tout parmi les plus mal-logé.es du Québec et les plus à risque d’être discriminé.es, ou en surpeuplement dans leur logement.  Ces personnes ne bénéficient d’aucune allocation, ni de programme de supplément  au loyer. S’il y a une pression exercée sur le marché locatif, c’est surtout à la mesure du manque criant de logements répondant aux besoins urgents des personnes à faible et modeste revenus.

La pénurie de grands logements, de logements familiaux, réellement abordables a des impacts bien tangibles : des parents qui retardent une séparation, d’autres qui acceptent des logements trop chers, trop petits, qui dorment dans le salon. Même des familles qui craignent des interventions de la DPJ alors que la maltraitance n’est pas en jeu. Des familles entassées, endettées, stressées. Parce que consacrer une part démesurée de son revenu au loyer, c’est demander aux parents de faire des choix déchirants, les forcer à couper dans certains besoins essentiels, au risque de nuire au développement de leurs enfants. On ne peut pas laisser au marché privé le soin de répondre aux besoins en logement des familles. Les familles ne peuvent plus attendre, il s’agit du bien-être des enfants.

La crise c’est 173 000 ménages locataires avec des besoins impérieux de logement, vivant dans des logements inabordables, insalubres ou trop petits avec un revenu médian de seulement 21 400 $ par année. La situation ne fait qu’empirer. Le quart des locataires consacrent plus de 30% de leur revenu au loyer. Entre 2020 et 2024 les gains de revenu ont profité presque exclusivement aux ménages les plus riches, tandis que les plus pauvres ont vu leur situation se dégrader. 

La crise du logement ne frappe pas tout le monde de la même façon. Les femmes racisées et nouvellement arrivées subissent la discrimination des propriétaires et endurent des conditions de logements difficiles. Beaucoup se taisent par peur des représailles ou d’expulsion. Celles en situation de statut migratoire précaire cumulent les facteurs de risque. Elles sont exposées à des abus de la part de propriétaires qui exploitent leur vulnérabilité. Elles dépendent de relations de pouvoir asymétriques pour se loger. Pour les femmes, la crise du logement n’est pas seulement une question d’abordabilité, mais aussi une question de sécurité et de dignité. 

Des femmes restent dans des situations dangereuses parce qu’elles ne peuvent pas se permettre de partir. Des femmes basculent vers l’itinérance visible ou invisible, après une séparation, une perte d’emploi, une hausse de loyer. L’état général du marché locatif est aussi préoccupant, le mal-logement qui en résulte est moins visible. Plusieurs demeurent dans des logements inconvenants faute d’alternative sur le marché locatif. Les hausses de loyer année après année sont telles qu’il devient presque impossible d’espérer améliorer ses conditions de vie. Combien de projets de vie retardés, de retour aux études, de changement de carrière abandonnés au profit du loyer. 

L’itinérance visible continue d’augmenter. La flambée des loyers pousse tous les jours des locataires vers l’itinérance. Personne n’est à l’abri d’une perte d’emploi, d’une maladie ou d’une retraite insuffisante. Pour les personnes qui espèrent sortir de la rue, il faut donner aux organismes communautaires les moyens de les accompagner durablement vers un marché locatif qui peut les accueillir et surtout renforcer le filet social en développant massivement du vrai logement social. Un État qui laisse ses locataires sans toit qui réponde à leur capacité de payer n’est pas un État qui respecte leurs droits. Une politique en habitation digne de ce nom ne peut pas les ignorer, ce sont eux et elles  qui doivent être au cœur de toute politique en habitation. Pour les personnes en situation de pauvreté et celles prestataires de l’aide sociale, le droit au logement est une chimère, et c’est le droit à l’alimentation qui s’effondre avec lui. Les effets sur la santé physique et mentale sont documentés.  

Les gouvernements successifs ont négligé les logements HLM jusqu’à ne plus en construire du tout. Pourtant, 30 000 ménages attendent un HLM au Québec. Certains depuis plus de cinq ans. Ce ne sont pas que des numéros sur une liste. Ce sont des familles, des femmes qui fuient la violence, des personnes âgées, des gens qui travaillent et qui ne peuvent tout simplement plus payer leur loyer.  Si la construction des HLM n’avait pas été abandonnée en 1993, nous aurions aujourd’hui 80 000 HLM de plus au Québec. Ces 30 000 ménages sur les listes d’attente auraient un toit digne. Des dizaines de milliers d’autres n’auraient pas basculé vers l’itinérance. La crise n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’un choix politique. Le logement public a déjà fait ses preuves, il loge son monde et offre un milieu de vie complet.

Résorber la crise du logement ne rime pas avec une construction massive de tous les types de logements, mais plutôt une concentration des investissements publics vers des logements publics qui seront abordables dès le jour 1 et pour toujours. 

Dans tous les secteurs d’emploi, l’abordabilité des loyers contribue à l’appauvrissement des travailleuses et des travailleurs.  Le marché locatif neutralise des avancées arrachées sur le plan des salaires car ce que les travailleuses et travailleurs gagnent d’un côté, le logement cher le reprend de l’autre. On ne peut pas parler de conditions de travail décentes si les gens doivent choisir entre se loger, se nourrir ou se soigner.  Et cela a aussi un impact sur les conflits de travail. En finançant des  logements trop chers avec les fonds publics, des logements supposément destinés à la classe moyenne, on contribue à tirer vers le haut le prix de l’ensemble des  loyers. C’est l’appauvrissement de l’ensemble des locataires qui en résulte. Dans un contexte où le filet social et les programmes sociaux ne sont pas là pour amortir les crises, c’est une double peine infligée aux locataires.

Les solutions, on les connaît. Un vrai chantier ambitieux de logement social, financé et défendu sous toutes ses formes HLM, coopératives, OSBL d’habitation répondant à une diversité de besoin. De propriété collective, sans but lucratif, avec des loyers indexés à la capacité de payer  plutôt qu’au marché, le logement social a un effet structurant et offre des milieux de vie complets à ceux qui l’habite en plus d’avoir un effet déflationniste sur les loyers environnants. Les investissements dans le logement social ne sont pas une dépense. Ils seront toujours moins coûteux que les coûts humains et sociaux du mal-logement et de l’itinérance. C’est pourquoi nous en faisons une des 3 revendications phares de la coalition. Nous exigeons un développement massif du logement social. Nous exigeons aussi l’inscription formelle du droit au logement dans la Charte des droits et libertés du Québec. Nous souscrivons à l’interdépendance des droits qui consiste à reconnaître que la réalisation d’un droit est intimement liée à celle des autres droits. La Stratégie gouvernementale en habitation du Québec n’a produit ni reconnaissance du droit au logement, ni, surtout, de mesures concrètes pour sa mise en œuvre. Ce manquement constitue une violation des normes minimales du droit international et un manque de cohérence avec les engagements pris dans le cadre du PIDESC.

Les loyers ne doivent plus augmenter sans limite alors que les revenus ne suivent pas. C’est pourquoi nous revendiquons aussi un réel contrôle des loyers au Québec, pas des demi-mesures! Un contrôle qui s’applique à tous les logements et qui met fin à la spirale des hausses abusives qui appauvrissent les uns pour enrichir les autres. 

La Coalition contre le logement cher ne fait pas que énumérer des revendications. Elle se dote d’un plan d’action pour construire un rapport de force réel avec le gouvernement du Québec. 3 manifestations sont prévues à commencer par le 24 avril, pour la Journée des locataires, nous serons dans les rues à Longueuil, locataires et alliés de toutes les régions du Québec pour rendre visible et incontournable la colère, l’impatience et la détermination de ceux et celles qui vivent cette crise tous les jours. Nous retournerons à nouveau dans les rues autour du 1er juillet prochain et à l’automne pour interpeller les partis en lice pour former le prochain gouvernement. Le gouvernement du Québec, quel qu’il soit, s’il prétend représenter toute la population du Québec, devra répondre de cet appel et cesser d’ignorer les locataires.