La précarisation généralisée démobilise. Comment ne pas céder au découragement face à la déconnexion de nos élu·es ? Ou face à un filet social qui ne finit plus de s’étioler depuis les années 80, sous l’effet d’une dévastation néolibérale maintenant soutenue par le secours de l’extrême droite. L’histoire des luttes montre que celles-ci ne sont pourtant pas vaines. Les victoires ne sont pas toujours spectaculaires : on ne mesure pas les reculs évités (véritables victoires invisibles) ni les victoires plus modestes qui auront eu un impact immense dans la vie de plusieurs personnes.
La veille sur les politiques d’habitation et les mobilisations qui s’ensuivent permettent de freiner la marche néolibérale, à défaut de la renverser immédiatement. D’ici au changement de paradigme absolu, on ne laisse personne derrière. Chaque terrain gagné, chaque investissement supplémentaire constitue un pas de plus vers le logement social comme projet de société. Un horizon qui s’imposera par la lutte, comme ce fut toujours le cas.
Bientôt 50 ans de gains !
Si des logements sociaux font aujourd’hui partie du patrimoine collectif, c’est parce que des générations de locataires, de comités logement et de groupes citoyens ont forcé la main aux villes et aux gouvernements. Les mobilisations les plus solides ne sont-elles pas celles qui poussent sur des problèmes concrets, portés par des personnes qui ont un intérêt direct à y remédier ? En plus de 45 ans, les membres du FRAPRU ont obtenu des avancées majeures, souvent dans des contextes politiques hostiles.
Dans les années 1980 déjà, alors que les rénovictions imposées par les Programmes d’amélioration de quartiers chassaient massivement les ménages les plus pauvres, des logements sociaux ont vu le jour, au gré des mobilisations, là où le privé aurait autrement prévalu. À Montréal, sur le vaste terrain des Shops Angus, 40 % des logements prévus deviennent du logement social grâce à la pression citoyenne.
Partout au Québec, le quartier Verdun, Châteauguay, Lanaudière, Bois-Francs, Saint-Sauveur, des comités de requérant-es s’organisent et obtiennent des projets de logements sociaux. Même la triste destruction du quartier Milton Parc, aux mains de Concordia Estates, a pu être amoindrie par une lutte de très longue haleine pour des coopératives en lieu et place de ce qui devait succomber au carnage. Une victoire aigre-douce, mais providentielle pour les locataires qui ont pu en bénéficier.
Un squat au Salon national de l’habitation, une manif nationale et d’autres actions visant à ébranler l’obsession pour le déficit zéro du gouvernement péquiste aboutit à la création du programme Accèslogis annoncé dans le budget Landry de 1997. Le programme québécois viendra pallier en partie à l’abandon du financement fédéral et permettra au final la réalisation de quelque 44 000 logements sociaux.
Autour de l’an 2000, grâce à l’action soutenue du FRAPRU (occupations, caravanes, squats) Québec met en place des suppléments au loyer d’urgence pour éviter que des familles ne se retrouvent à la rue lors des pénuries de 2001-2003.
Enfin, même dans les contextes les plus adverses (pandémie, pénurie exacerbée), le FRAPRU poursuit sans relâche son travail, multipliant tournées, actions, dossiers noirs et campagnes publiques. Cette présence constante remet le logement social dans le débat public et arrache, année après année, quelques engagements financiers que les gouvernements n’auraient jamais consentis d’eux-mêmes.
Qu’attendons-nous pour financer le grand chantier de logement social qui n’en finit plus de prouver sa pertinence ? Ce que montre l’histoire, c’est que chaque moment de crise, mais aussi chaque campagne électorale a été une fenêtre d’opportunité. Chaque engagement pris par un parti peut mener à des promesses concrétisées. Ce fut le cas du programme Accès Logis (élection provinciale) et la réserve de terrains municipaux de Montréal (élection municipale). Nous sommes le rapport de force.
Au-delà des politiques, les mobilisations du FRAPRU ont aussi consolidé un trésor inénarrable, à l’abri de la récupération : un mouvement social ! Cette forme organisée de locataires autrement délités et le sentiment d’appartenance qui en découle, ficelés à coup d’actions, d’assemblées et d’amitiés forgées sur le terrain, auront redonné à plusieurs la fierté et la dignité que l’État leur confisque.