Logement social: un projet de société

Un logement digne pour tous et toutes. C’est ce qu’une société juste devrait pourvoir sans négociation. Pourtant, les gouvernements de divers paliers s’entêtent à diminuer leur investissement, invoquant les vertus de l’ingénierie financière. Le mot d’ordre « en faire plus avec moins » fait surtout grimper les coûts sociaux. Les politiques de l’offre, la promesse d’un effet domino ou la hausse des taux d’inoccupation n’ont pas livré l’abordabilité annoncée. Sur le plan des retombées économiques et sociales, le logement social, lui, a fait ses preuves*. Dénigré par ceux qui y voient une dépendance à l’État, le logement social souffre d’un sous-financement qui ne fait en réalité que déplacer cette dépendance vers le marché privé et les bailleurs de fonds, sans offrir de sécurité aux locataires. Au contraire, si le modèle demeure une voie d’émancipation pour les locataires c’est précisément parce que l’État y est imputable.

Revendiquer la responsabilité de l’État n’a rien d’une quémanderie. Pour offrir des loyers inférieurs au marché, le financement public est incontournable. Mais attention aux compromis et à la dilution du logement social dans le hors-marché ou l’abordable. Pour le FRAPRU, le logement social est un modèle d’habitation sans but lucratif, de propriété collective. Sa mission est intègre : offrir un logement de qualité répondant aux besoins et à la capacité de payer des locataires, particulièrement des ménages à faible et modeste revenus.
En nourrissant la peur du déclassement, la précarisation des locataires et les discours anti-immigration ont découragé la solidarité et freiné l’émergence d’une « classe locataire » unie. L’accès à la propriété, présenté comme salvateur, étant hors de portée pour la majorité, que pouvons-nous encore espérer comme locataires ? Une vie entière à financer une partie de la retraite de nos propriétaires au prix de notre propre appauvrissement ?

Et si nous cessions de concourir sur un marché compétitif largement inabordable?
Regagner de la dignité comme locataire devient possible lorsque l’on habite un logement social. Au-delà du soulagement financier, il y a aussi une fierté d’habiter un logement de propriété collective, dans un modèle qui permet d’avoir du pouvoir sur ses conditions de logement.
Le logement social prend trois formes principales : logements publics (dont les HLM), coopératives d’habitation, et OSBL d’habitation. Cette diversité permet d’offrir des milieux de vie adaptés à des réalités variées tout en garantissant la capacité de payer et l’ancrage communautaire.

Sa gouvernance démocratique, portée par les personnes concernées, assure la fidélité à sa mission sociale. Mais le rôle du logement social dépasse la simple offre de logements : il structure nos villes autrement. En consolidant une part plus importante du parc locatif, il façonne des milieux de vie autour des besoins plutôt qu’en fonction des forces du marché.

Jusqu’aux années 1990, les suppléments au loyer étaient réservés aux logements publics ou municipaux. Le tournant néolibéral des années 1980 a normalisé leur utilisation dans le marché privé, un choix qui fut commodément privilégié et même accéléré à mesure que le financement du logement social diminuait.

* Nouvelle étude sur les retombées économiques et sociales des investissements publics en habitation au Québec, AGRTQ, Mai 2025.