Après avoir tardé à reconnaître l’existence de la crise du logement, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec a, au cours de son second mandat, entrepris une réforme des politiques de soutien au logement sans but lucratif afin d’en optimiser et d’en accélérer la construction. Un nouveau rapport présente les résultats d’une recherche, réalisée par Louis Gaudreau, professeur à l’UQAM, et Béatrice Mercier, agente de recherche, portant sur les effets de ce changement d’orientation sur le financement et la réalisation du logement dit abordable ou hors-marché, qui remplace en grande partie ce que l’on appelait jusqu’ici le logement social et communautaire. Le rapport intitulé Finance et optimisation, mais à quel prix? en examine également la capacité à résorber le problème criant de l’abordabilité résidentielle.
La recherche a permis d’identifier deux tendances. La première est la plus grande ouverture et dépendance des politiques publiques à l’égard du marché, tout particulièrement de la finance immobilière qui joue un rôle accru autant dans le financement des projets que dans leur conception et leur sélection. La seconde résulte d’un changement dans les pratiques des organismes développeurs qui les amène à délaisser le modèle traditionnel des groupes de ressources techniques (GRT) au profit de celui de « l’opérateur de logement ». Ces deux tendances ont pour effet de reproduire dans le logement hors-marché des logiques à l’œuvre dans le secteur privé, notamment en ce qui concerne le type de logements à construire, leur mode de gestion ainsi que le niveau des loyers, désormais calculé en fonction des coûts de marché.
Bien qu’il soit souvent présenté comme la seule alternative réaliste au logement privé lucratif, le logement abordable et hors-marché est dans les faits concurrencé par des initiatives philanthropique presque entièrement financées publiquement qui reprennent à quelques différences près la formule du logement social dans laquelle une véritable abordabilité est garantie à court et à long terme. La quasi réhabilitation du logement social illustre la possibilité d’une autre forme d’intervention publique dans le logement sans but lucratif. Elle élargit également l’horizon de réflexion sur les moyens déjà disponibles pour combattre la crise de l’inabordabilité résidentielle.