Québec, le 2 avril 2026 – Alors que le ministre fédéral du Logement et de l’Infrastructure, Gregor Robertson est à Québec pour annoncer les premiers projets qui bénéficieront du financement de Maisons Canada, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) met en garde contre la cherté des logements qualifiés d’abordables financés avec les fonds publics. Véronique Laflamme, porte-parole de l’organisme, craint que « les personnes et les familles les plus vulnérables soient carrément abandonnées par les nouvelles approches de financement promues par le gouvernement Carney ». À son avis, « le gouvernement se délesterait ainsi de ses responsabilités à l’égard du droit à un logement décent sur lequel est pourtant basée sa Stratégie nationale sur le logement. »
Le FRAPRU rappelle que Maisons Canada a d’abord été présenté comme l’outil central d’une relance ambitieuse de la construction de logements communautaires et très abordables et comme devant contribuer à lutter contre l’itinérance. Or, l’Agence se présente maintenant comme une banque d’investissement et semble vouloir soumettre le logement social à la logique financière.
Selon le FRAPRU, le gouvernement fédéral a amplement les moyens de combattre la crise du logement cher et ainsi agir en prévention de l’itinérance en finançant des programmes réellement structurants, assurant l’abordabilité et garantissant la pérennité. Il pourrait jouer un rôle crucial dans la sortie de crise, comme il l’a déjà fait par le passé en faisant progresser en 30 ans de 0,5 % à 10 % la part occupée par le logement social sur le parc locatif. Sur les 13 milliards annoncés jusqu’ici pour Maisons Canada, Québec pourrait s’en faire réserver 3, s’il recevait la part à laquelle il est en droit de s’attendre. Si ces fonds étaient concentrés pour soutenir le financement de logements sociaux, véritablement accessibles aux locataires à faibles et modestes revenus, ils permettraient à eux seuls d’en financer plus de 10 000.
Or, avec ces sommes, Maisons Canada ne prévoit pas financer des logements qui seront en majorité réellement abordables[1]. Plusieurs des projets financés au Québec incluent des logements qualifiés de «abordables intermédiaires», beaucoup plus chers que le loyer médian du marché, répondant à la nouvelle optimisation financière imposée par le gouvernement caquiste qui veut réduire sa contribution.
Le FRAPRU met en garde contre les effets négatifs d’une telle approche qui financerait encore une fois[2] des logements qui seront plus chers que ceux déjà sur le marché et contribueront ainsi à l’inabordabilité plutôt que la combattre.
De plus, le cadre d’investissement de Maisons Canada exige non seulement des organismes sans but lucratif financés qu’ils disposent de “capitaux propres” mais identifie les promoteurs privés et fonds philanthropiques comme des partenaires. Le ministre du Logement et de l’Infrastructure, Gregor Robertson, en a même appelé directement à des investissements de capitaux de la part des grandes banques canadiennes et des fonds de pension. « Maisons Canada risque d’accélérer les tendances déjà très fortes à la marchandisation voire la financiarisation de l’habitation, pourtant largement responsables de la cherté actuelle des loyers et du manque flagrant de logements accessibles financièrement » dénonce Véronique Laflamme.
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Informations et demandes d’entrevues
Véronique Laflamme, FRAPRU: 418 956-3403 (cell.)
[1] Selon le Directeur parlementaire du budget, « pour ses propres projets de développement, Maisons Canada prévoit offrir 60 % des logements au loyer du marché, 20 % des logements à un loyer abordable pour un ménage ayant le revenu médian, et 20 % des logements à des loyers offrant une accessibilité “légèrement supérieure”, jusqu’à présent définis comme abordables pour un ménage à revenu modeste»
[2] Un chapitre de la nouvelle brochure du FRAPRU, Où est passé le logement social, est consacrée aux changements opérés par le gouvernement canadien dans ses politiques d’aide au logement.