La pénurie de logements se poursuit au Québec

Montréal, le 28 janvier 2021 — Les Rapports sur le marché locatif publiés ce matin[1] par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) confirment que la pénurie de logement locatifs se poursuit et souvent s’aggrave dans toutes les régions métropolitaines du Québec, malgré les facteurs temporaires liés à la pandémie qui ont pu diminuer la demande dans les grandes villes depuis l’an passé. Les données de la SCHL confirment également que la hausse marquée du coût du loyer moyen continue. « Les rapports doivent convaincre les gouvernements de passer à la vitesse supérieure pour contrer les effets désastreux de cette crise », a réagi la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme.

Le taux d’inoccupation est maintenant sous la barre du seuil d’équilibre de 3% dans toutes les régions métropolitaines de recensement (RMR) : Montréal (2,7%), Gatineau (1,6%), Québec (2,7%), Trois-Rivières (1,3%), Sherbrooke (1,3%), Saguenay (2,8%). Dans plusieurs agglomérations de recensement (AR) et villes, il a diminué. C’est le cas de Rimouski (0,9%), Joliette (0,4%), Alma (0,9%), Victoriaville (1,8%), Val-d’Or (0,9%), Rivière-du-Loup (1,3%), Lachute (1%), Amos (1,1%) et des Îles-de-la-Madeleine (0%). Il se maintient très bas à Saint-Hyacinthe (0,6%), Gaspé (1%), Rouyn-Noranda (1,1%), Drummondville (1,8%). Plusieurs secteurs de la région montréalaise sont aux prises avec un taux extrêmement bas, notamment sur la Rive-Nord où le taux général a encore diminué (0,8%) et sur la Rive-Sud où il est passé à 1,1%.

Si le taux d’inoccupation a remonté à Montréal, il demeure toutefois sous le seuil d’équilibre, rappelle le FRAPRU, soulignant que cette hausse est directement liée à des facteurs temporaires liés à la pandémie et qu’il risque de rebaisser rapidement dès que celle-ci s’estompera. De plus, selon le rapport même de la SCHL, les logements s’adressant aux ménages gagnant moins de 36 000 $ par année sont toujours aussi rares, le taux de logements inoccupés se situant autour de 1,5 %.  « Les ménages locataires sont encore défavorisés et susceptibles de subir de reprises de possession et des hausses de loyer injustifiées, sous la menace de perdre leur logement » rappelle Véronique Laflamme « Même s’il y a plus de logements disponibles, ça ne met pas plus d’argent dans leurs poches ».

Les loyers continuent de monter

Le FRAPRU constate que la rareté des logements continue d’entraîner une hausse majeure du coût des loyers. Sur l’ensemble des 54 centres urbains de 10,000 habitants et plus recensés par la SCHL, l’augmentation moyenne de loyer est de 5,5%, note le regroupement. Les ménages locataires de la région métropolitaine de Gatineau sont encore frappée de plein fouet. L’an passé ils avaient subi une augmentation moyenne de loyer de 10%; cette année, elle est de 7%. Dans la RMR de Montréal, malgré une détente du taux d’inoccupation, le loyer a augmenté de 5,9% entre octobre 2019 et octobre 2020. Cette hausse a été beaucoup plus importante dans certains secteurs, comme Le Sud-Ouest (14,4%), Rosemont Petite-Patrie (8,6%), Hochelaga-Maisonneuve (9,7%) et LaSalle (13,2%). Dans l’agglomération de Saint-Hyacinthe, le loyer moyen du marché a augmenté de 12,1%, à Victoriaville, de 7,1%, à Rouyn-Noranda, de 5,9%, à Beauharnois/Saint-Constant/La Prairie, de 7,3% et à Sainte-Thérèse/Blainville, de 7,8%. 

 « Ces hausses vertigineuses du prix des loyers a des conséquences désastreuses », commente Véronique Laflamme, qui donne en exemple l’importante hausse de fréquentation des banques alimentaires.

La SCHL confirme par ailleurs que les logements disponibles à la location sont beaucoup plus dispendieux que ceux déjà loués. À Montréal, l’écart de loyer entre un appartement de deux chambres loué et un encore offert sur le marché était de 46 % (895 $, contre 1 304 $). À Québec, un appartement de deux chambres disponible coûte en moyenne 116$ de plus qu’un logement occupé; à Gatineau, il est de 107$ plus élevé. « Pour les personnes à faible ou modeste revenu, forcées de déménager, il est extrêmement difficile de trouver un logis à un prix décent, comme on a pu le voir autour du 1er juillet dernier », déplore Véronique Laflamme. « La crise du logement, ce n’est pas seulement une question de taux d’inoccupation, c’est aussi celle de la cherté des logements disponibles et de l’incapacité de payer des gens. Le mal-logement auquel conduit la soif de profits du marché privé, a des conséquences sur la santé physique et mentale, sur le développement des enfants », rappelle la porte-parole.

 « Dans ces conditions, la situation va assurément se détériorer alors qu’avant la pandémie et la pénurie des dernières années, 195 000 ménages locataires du Québec consacraient déjà plus de la moitié de leur revenu pour se loger », s’inquiète Véronique Laflamme. « Les logements neufs étant hors de prix, les loyers des logements vacants augmentant continuellement, des gens vont être forcés de quitter leurs communautés, de s’éloigner des services, voire de changer leurs enfants d’école. D’autres n’auront pas d’autres options que de louer des logements trop petits pour leur famille ou en mauvais état », fait-elle remarquer.

Les locataires invitéEs à la prudence et les gouvernements pressés d’agir

Le FRAPRU recommande aux locataires qui le peuvent de s’assurer d’avoir trouvé un nouveau logement avant de mettre fin à leur bail actuel. Il invite aussi à la prudence face aux propriétaires qui usent de divers stratagèmes pour chasser les ménages de leur logement (évictions, rénovictions, reprises sous de faux prétextes, hausses de loyer abusives, etc.) et invite les locataires à contacter le comité logement de leur secteur avant d’accepter quelque entente que ce soit.

Afin d’éviter de reproduire les difficultés rencontrées l’an dernier par les locataires craignant de ne pas trouver de logement, le FRAPRU demande au gouvernement Legault de bonifier sans tarder son programme d’aide d’urgence afin que toutes les municipalités du Québec où le taux d’inoccupation est sous le seuil de 3% puissent s’en prévaloir. Il lui demande également de mener une campagne d’information afin d’informer les locataires de leurs droits, de contrer la discrimination et de faire connaître l’aide disponible.

À quelques semaines des budgets, le regroupement pour le droit au logement insiste sur l’urgence de profiter de la relance pour lancer un vrai grand chantier de logements sociaux. « En plus d’être une alternative à un marché uniquement préoccupé par ses marges de profits, il s’agit d’un moyen concret de contrer la spéculation immobilière et d’enrayer la crise à moyen et long termes pour de nombreux ménages », explique Véronique Laflamme. « Il ne s’agit pas seulement d’une réponse à court terme, mais d’un investissement pour les générations futures qui leur permettra d’avoir des communautés plus résilientes aux crises, autant économique que climatique ».

Il demande aussi à Québec d’instaurer un réel contrôle des loyers, de renforcer les protections des locataires contre les reprises de logement et les évictions et de mieux protéger le parc de logements locatifs encore abordables. 

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Pour plus d’informations :
Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU : 418 956-3403 (cellulaire)


[1] Utilisant les données de l’Enquête sur les logements locatifs de l’automne 2020